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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:16

Les hommes avaient mainteant le blé. Ils commençaient à être relativement bien organisés, qu'ils soient groupés en peuplades, surtout pour la Grèce du Nord, ou en cités, surtout pour la Grèce du Sud. Je précise qu'une cité, c'est un territoire composé de plein de petits villages et de champs, avec au centre une petite ville ou citadelle, où siègent le roi, les nobles ou l'assemblée du peuple selon le régime de la cité, et où les paysans peuvent se réfugier en temps de guerre, ce qui était finalement assez courant à l'époque.

 

Les dieux se mirent alors à s'y intéresser sérieusement. Et ils pesèrent à se décuper dans le territoire des hommes des domaines de prédilection, où chaque dieu se ferait adorer en priorité. Tous les hommes ne pouvaient pas adorer indistinctement toutes les divinités partout ! Déjà, en comptant les petits dieux, des divinités, il y en avait des tas, et à ce rythme, les sacrifices aux dieux allaient être riquiquis. Alors que pour les dieux, les hommes n'ont qu'un intérêt, leur OFFRIR DES SACRIFICES.

Zeus rassembla donc tout le petit monde divin (Olympiens, divinités plus ou moins majeures, Nymphes, Satyres et tout le bazar) sur l'Olympe, et on décida qu'en chaque cité de Grèce, on adorerait UN dieu principal, ce qui n'empêcherait pas les hommes d'offrir des sacrifices aux autres, mais le dieu principal aurait la priorité.


- Pour moi, dit Zeus, je prends Olympie, prem's !
- Deuz, fit Déméter, je chope Eleusis essvépé !
- Moi je veux Argos ! s'écrièrent exactement en même temps Poséidon et Héra. Quoi ? toi aussi tu veux Argos ? reprirent-ils en choeur. C'est moi qui l'ai dit en premier ! continuèrent-ils d'une même voix.
- En l'occurrence je ne vois qu'une solution, dit Zeus, se posant en arbitre en son frère et sa femme. Il faut demander aux habitants, c'est eux les premiers concernés...


Les dieux descendirent donc en grande pompe sur terre, dans les verts pâturages, terrorisant les moutons qui y broutaient, avec leur cortège lumineux, resplendissant et bruyant. Là se trouvait Phoroneus, le premier roi des hommes, le fondateur de la ville d'Argos, qui fut lui-même assez surpris de voir toutes ces belles gens débarquer de nulle part, mais il devait être habitué puisque Zeus se tapait sa fille Niobé.


- Ô roi des mortels, dirent les dieux, grand Phoroneus aimé des habitants du ciel, désigne lequel des deux, de l'Ebranleur de la Terre au trident redoutable, ou de l'auguste épouse de Zeus, aura en partage ta cité.
- Hein ? Euh ? Quoi ? répondit Phoroneus.
- C'est Poséidon ou c'est Héra qu'tu vas adorer, vieux ?
- Ah, d'accord ! Ben j'ai déjà construit un temple à Héra alors je préférerais ne pas avoir à réinvestir dans des travaux de construction... dit-il, car en bon roi, il pensait aux finances de la cité.
- J'AI GAGNE ! s'écria Héra.
- Quoi ? rugit le dieu des eaux, et super énervé, il se promit que la cité d'Argos ne s'en tirerait pas comme ça.

 

Subséquemment, Poséidon assécha tout le territoire d'Argos en le privant de sources, tant et si bien que des générations durant, les Argiens durent aller puiser leur eau très loin de la cité, en marchant péniblement dans les terres sèches et dangereuses de Grèce du Sud tels des enfants du Sub-Sahel.

 

poseidon-2.jpg

[On ne sous-estime pas Posé, même s'il est véhicué par des hippocampes.]


Après cet intermède, les dieux revinrent sur l'Olympe, et continuèrent leur tombola :


- Je prends Delphes et Délos, déclara Apollon.
- Moi l'île de Chypre et celle de Cythère, susurra Aphrodite.
- Et l'Attique ? demanda Zeus. Ca intéresse quelqu'un ?
Poséidon se racla bien la gorge, cette fois, déterminé à pas se faire piquer la première place, s'avança majestueusement, ouvrit la bouche et...
- Oui, oui, je veux bien dit Athéna avant que le dieu des eaux n'ait pu s'exprimer, au grand dam de celui-ci.


Cette fois, Poséidon protesta : il n'allait pas se faire chiper la grande région de l'Attique par une gamine comme la petite Athéna, non mais ! On lui avait déjà sucré Argos ; hors de question qu'il se fasse encore marcher sur les pieds. Avant qu'une dispute n'éclate sur l'Olympe, Zeus déclara : rebelote, on descend sur Terre et on voit ce que les humains en pensent. Les dieux refirent donc une petite virée sur terre, et arrivèrent en Attique, que se disputaient Poséidon, dieu des eaux, et Athéna, déesse de la guerre et de l'intelligence. Pour ceux qui ne contemplent pas avec admiration une carte de la Grèce tous les jours, je rappelle que l'Attique est cette région étirée au-dessus de l'isthme de Corinthe (vous voyez, là, la sorte de grosse pointe juste au-dessus du Péloponnèse, ce truc qui ressemble à une main à trois doigts).

Les dieux arrivèrent donc chez le roi actuel du coin, un dénommé Cécrops, être fort bizarre puisqu'il n'était qu'à moitié humain : la fin de son corps se terminait par une longue queue de serpent. Le Cécrops était en effet né de la Terre elle-même, et chacun sait que la terre n'enfante que des serpents. (Ah bon ? vous saviez pas ? mais qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école ?) Cécrops était plutôt un bon roi, puisqu'il avait supprimé les sacrifices humains qu'on pratiquait à l'époque, en les remplaçant par des sacrifices de gâteaux d'orge : ça fait moins de sang, c'est donc plus facile à nettoyer. Les dieux lui reposèrent la même question : qui allait être le dieu principal du coin ?


- Ben je ssais pas, moi, faut voir sse qu'ils ssont capables de faire, sses dieux, siffla le roi-serpent. Poséidon se dit alors qu'une petite démonstration de puissance ça faisait toujours bien, et planta son trident en terre pour faire jaillir une super-source d'eau salée, que ça coule et que c'est classe, dans un geste majestueux.
- Ah ah, petit joueur, fit Athéna, et elle étendit la main et fit naître un arbre totalement nouveau, un truc pas bien grand et frêle, mais avec de petits fruits verts et dodus : un olivier. Cécrops en goûta une et trouva ça 'achement plus utile qu'un peu d'eau même pas buvable.


Le roi allait se prononcer mais les dieux décidèrent finalement de régler ça entre eux, s'assemblèrent en tribunal sur l'Attique et décidèrent de voter. Cécrops apporta son témoignage : "Ouais ouais, je jure ssur l'honneur que j'ai bien vu la déesssse faire pousssser un olivier, et les fruits ils ssont exssellents, vous en voulez un ?" Les douze dieux conférèrent, toutes les déesses furent du côté d'Athéna, tous les dieux du côté de Poséidon, et comme ça faisait égalité ce fut finalement l'avis de Cécrops qui l'emporta. Or, Cécrops adorait l'idée des olives : il était déjà mentalement en train d'inventer l'huile d'olive, la tapenade et la machine à dénoyauter. Il vota alors pour Athéna, qui gagna le concours et, pas mégalo du tout, décida d'appeler la cité de la région Athènes, de son propre nom.

 

pose-athena.jpg

[Athéna et Poséidon négociant leur roblème de voisinage.]

 

Bien entendu, Poséidon, furax, déclencha une immense inondation sur l'Attique, et toute la région eut les pieds dans l'eau pendant quelque temps. Sauf Cécrops bien sûr, vu qu'il n'avait pas de pieds.

Bref, tous les dieux se choisirent une ville, sauf Hermès parce qu'il est pas particulièrement sédentaire, et que ça l'éclatait d'être honoré un peu partout plus que beaucoup juste à un seul endroit, les divinités s'en allèrent, Zeus allait partir retrouver son amante n°150 quand il vit arriver, à la tombée de la nuit, un dieu à toute pompe... C'était le Soleil, qui venait de finir son boulot du jour et que tout le monde avait oublié, et qui surgissait en disant : "Qu'est-ce que j'ai manqué ?"


Zeus était plutôt embêté, car il avait distribué toutes les cités grecques (et on sait que pour les Grecs, les cités grecques ont la classe parce qu'elles sont grecques, et que comme on est dans la mythologie grecque, les Grecs c'est les Grecs et puis les Grecs d'abord) sur terre. "Caramba !" s'écria le Soleil. C'est là qu'il vit, au fin fond de la mer Egée, une île qui n'était encore sortie des eaux. " Hé cousin", dit-il à Zeus, "tu veux pas me filer cette île-là quand elle sera sortie de l'eau ? Elle me plaît bien !" Zeus accepta, et c'est ainsi que l'île de Rhodes devint le fief attitré du Soleil.

 

Sources : Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie gréco-romaine ; Pausanias, Description de la Grèce ; Apollodore, Bibliothèque ; Pindare, Olympiques.

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Published by Histoires-Mythiques - dans Les premières légendes humaines
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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:54
Après ces histoires d'amours divines plus ou moins chaotiques, laissons un temps les dieux  de côté pour parler des HOMMES. (ah enfin !)
Or je préfère te prévenir d'emblée, lecteur : cette partie de ta lecture va être très déroutante. En effet, comme tout le monde, tu as bâti ta culture mythologique sur le visionnage de néo-péplums, de dessins animés Disney et de séries genre Xéna ; tant et si bien que tu risques de ne connaître aucun de spersonnages que je m'en vais te présenter. ET POURTANT. Car il s'agit de héros, de grannnds héros... mais que personne ne connaît aujourd'hui. Car nul n'a songé à faire un film épique sur Erichthonios ou encore Coroïbos. Faites un sondage dans la rue, demandez aux gens de vous raconter l'histoire de Ion, pour rire ! A moins de tomber sur un de ces êtres bizarres et marginaux que sont les Lettres-Classiques, je doute que vous remportiez un franc succès...

Voyons le bon côté des choses : après la lecture de ce blog, vous allez pouvoir frimer devant votre prof de latin en racontant des légendes que même lui ne connaît pas. Et ça vous vengera de votre 2 en version. (S'il y a des élèves de prépa dans le public...)

Commençons par la légende du grand, de l'essentiel et du totalement méconnu Triptolème.
Après l'escapade de Déméter sur Terre et son expérience dans le baby-sitting, la déesse s'intéressa tout particulièrement à la famille royale d'Eleusis : elle s'était occupée de l'aîné, Démophon, voilà qu'elle s'intéresse au cadet, Triptolème. Il faut dire qu'à cette époque, je ne sais pas de quoi vivaient les hommes, mais ils ne connaissaient pas le blé ; ils ne pouvaient donc pas se faire de Big M*c au bacon et au cheese, vous vous rendez compte ? pas de pizzas ! pas de pâtes ! pas de pain au chocolat, pas de cochonneries biscuitées et sucrées !
Déméter, voyant la profonde misère dans laquelle vivait le genre humain (quand même), prit le petit Triptolème sous son aile. Elle n'essaya pas de le rendre immortel celui-là, mais elle lui apprit comment semer et cultiver le blé, dans un champ appelé champ Rharios, le premier endroit du monde à porter du blé. Puis elle lui fila un grand char tiré par des dragons, et lui confia une mission spéciale : faire le tour du monde faire la pub du blé.
tripto.jpg["N'oublie pas de faire régulièrement le plein de ton char ailé, il ne tourne pas au blé, non plus"]

Triptolème fit sa tournée promotionnelle, vit du pays, et arriva en Thrace, au nord de la Grèce, sur le territoire des Gètes. Là, le roi Carnabon l'accueillit à bras ouverts... en apparence. Pendant que Triptolème ne se méfiait pas, Carnabon tua un des dragons qui tiraient le char du héros, afin que celui-ci ne puisse pas s'enfuir, puis prépara une embuscade pour piéger le jeune homme. Ce qui désigne vraiment Carnabon comme un gars pas gentil.
Mais, au moment où le pauvre Triptolème allait tomber dans l'embuscade, voilà que sa protectrice divine accourt ! Tout de suite, elle répare le chariot, remplace le dragon manquant, fait repartir Triptolème vers des terres plus hospitalières, et punit vigoureusement le roi Carnabon. On ne sait pas quelle est cette punition au juste, mais la vie du roi devint tellement impossible qu'il fut fort heureux de mourir pour y échapper. Puis, histoire de montrer l'exemple de ce qui arrive à ceux qui embêtent ses protégés, Déméter changea le corps du roi en constellation, où pour l'éternité on le voit aux prises avec un énorme dragon.

Sur ce, Triptolème s'en revint chez lui, la riante cité d'Eleusis, où régnait toujours son père Céléos. Voilà que le fiston arrive, auréolé de gloire, dans son magnifique char tiré par des dragons merveilleux ; le peuple, tout émerveillé, lui fait fête et clame sa gloire sur tous les toits.
triptosemant.jpg
[Normal que Triptolème se fasse acclamer, s'il passe son temps à distribuer du blé.]
Le père et roi en titre, Céléos, se sent un peu jaloux.
Et même très jaloux... Après tout, c'est lui le roi ici... Et comme dans la mythologie grecque on ne fait jamais les choses à moitié, il songe à trucider son fils. Heureusement, Déméter (toujours elle) l'apprend de justesse, et sauve son protégé (comment, je sais pas). Triptolème devient roi d'Eleusis, les bons ont gagné, les méchants ont perdu. Et nous sommes en présence de l'un des rares mythes qui finissent bien.

Sources : Ovide, Fastes ; Tristes ; Pausanias, Description de la Grèce ; Apollodore, Bibliothèque ; Hygin, Fables ; Astronomie Poétique.
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