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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 18:52

Ô Muse Calliope, chante-moi la suite des péripéties bovines d'Io, qui fut d'Argos la princesse, de Zeus la maîtresse et d'Héra la génisse. Guide mon chant jusqu'à remplir cet article et les suivantes, et inspire à mes lecteurs bienveillance et lâchage de comzz !

 

Résumé rapide de l'épisode précédent :

ZEUS : - Io je te kiffe trop grave...

IO : - Mais... mais où mettez-vous votre main monsieur ?

HERA : - J'arrive !

ZEUS : - Ciel mon épouse !

IO : - Meuh !

HERA : - File-moi cette génisse !

ZEUS : - OK tire pas je ferai tout ce que tu voudras !... Aïe aïe aïe comment je vais tirer mon amante de là moi?

(Et si vous n'avez rien pigé, allez lire l'article précédent)

 

images.jpg

[Même résumé, mais en images]

 

Io était donc aux mains d'Héra qui, pas si bête que ça, avait bien compris qu'il y avait anguille sous roche, voire baleine sous gravillon, et décida de confier la vache à un noble personnage de la ville d'Argos, qui s'appelait... Argos. EN latin, Argus.

 

Plusieurs légendes couraient sur l'origine du susdit Argos ; ma préférée prétend qu'Argos était le fils de Zeus et de la première de toutes les mortelles, Niobé, fille du roi Phoroneus. Malgré ses origines plutôt douteuses, c'était un grand ami de la déesse Héra, divinité tutélaire de la cité, à laquelle les Argiens consacraient moult honneurs et moult sacrifices. Flattée dans sa dignité divine, Héra accordait aux habitants d'Argos (la ville, pas le noble) une affection sans bornes ; c'est pourquoi elle aimait beaucoup Argos (le noble, pas la ville). Sans compter que le pauvre Argos souffrait déjà assez dans sa vie de tous les jours sans écoper non plus d'une malédiction divine : il avait un physique plutôt particulier... Il avait cent yeux qui lui ceinturaient la tête et lui permettaient de voir derrière son dos. Certes pratique, mais pour l'esthétique, on repassera. Devait pas avoir un gros succès avec les filles cet Argos...

En attendant c'était le seul fils de Zeus à être plutôt en bons termes avec Héra. Car on a beau dire sur le caractère teigneux de la déesse, il faut reconnaître qu'elle a du respect pour les handicapés.

argus.jpg

[Argus : "J'en ai marre de surveiller le prix des voitures, j'me casse à la campagne garder des vaches."]

 

Héra lui dit donc : "Allez mon pote tu me gardes cette génisse s'il te plaît ?" ce dont Argos, qui n'avait rien à lui refuser, s'acquitta. Il attacha donc la belle princesse transformée en bovidé à un pieu pour la faire paître, sans se priver de lui donner deux ou trois coups de bâton, et surtout sans la quitter des yeux. Ce qui n'était pas trop dur pour lui, d'autant plus que même quand il dormait il n'en fermait que cinquante.

Contemplant depuis l'Olympe son amante si malencontreusement métamorphosée et forcée de brouter sarriette et serpolet, Zeus se faisait du mouron :

- Hélas, nom de moi, comment je vais faire pour tirer ma chère et tendre de cette situation ? C'est que l'autre c'est mon fils... C'est embêtant de le trucider... D'autre part Io c'est mon amante... Alors ? Amour paternel ou attirance physique ?... Mais pourquoi je me pose cette question enfin ? Attirance physique bien sûr !

Zeus avisa le dieu Hermès, qui passait justement dans le coin et lui adressait un "'Lut, p'pa !" désinvolte ; le roi des dieux interpella son garçon :

- Oh, fiston, tu tombes bien ! J'ai un petit service à te demander... Tu pourrais aller trucider Argos s'il te plaît ?

- Argos ? Tu veux dire le grand baraqué très très musclé qui fait peur et qui mord, avec cent yeux qui font de lui l'équivalent biologique d'un réseau de vidéo-surveillance, monstre invulnérable et terrifiant ?

- Tout à fait.

- OK, p'pa, je le zigouille et je reviens pour l'heure du thé.

Hermès (dieu des routes, des marchands, des voleurs, du mouvement et de la ruse) obéit donc à son popa, et descend illico sur terre. Dans sa rouerie et sa ruse sans mesure, il se déguise en berger et approche du coin où Argos gardait sa vachette. Or, pendant ce temps, le dieu-fleuve Inachos, le père d'Io, était parti en quête de son enfant perdue.

 

*La partie qui va suivre est un intermède pathétique*

*Prière de sortir Kleenex et pots de Nutella*

Le père d'Io, le dieu-fleuve Inachos, cherche sa fille et arrive soudain devant elle... Il n'arrive pas à la reconnaître d'abord, mais celle-ci trace dans la terre son nom... Le vieux dieu-fleuve fond en larmes, veut lui sauter au cou, mais Argos, près d'elle, repousse impitoyablement le père éploré... La pauvre Io mugit tristement...

*Fin de l'intermède pathétique*


Hermès débarque, déguisé en berger, avec la tenue du berger, un pipeau de berger, un bâton de berger (livrez-vous sur ce point à toutes les équivoques que vous souhaitez, lecteurs à l'esprit mal tourné) et salue Argos :

- Hello, vieux ! Dis-moi, tu dois faire la fortune des ophtalmos*, toi ? OK, je charrie, ha ha ha ! Alors, vieux, on peut taper la causette un peu non ? Ca va la famille ? La femme, les enfants ?

- Ouais ouais, répond l'autre.

- Dis-moi, tu as une sacrée conversation. A force de parler autant, l'asphyxie te guette. Bon, puisque tu ne paraîs pas prêt à faire la conversation, ça te plairait que j'te joue un ptit air sur mon flûtiau ? Tiens écoute !

Et Hermès lui sort un superbe morceau doux et languissant, le genre un peu berceuse. Or Argos, de façon surprenante, était plutôt mélomane pour un géant monstrueux doté d'organes surnuméraires. Il lance au dieu : "Un autre, un autre !" Le dieu continue à jouer, une petite étincelle dans les yeux, pendant que la nuit tombe doucement, qu'Argos bâille, que certaines de ses cent paupières s'alourdissent et se ferment au son apaisant de la flûte... Et alors que les notes pures s'égrènent lentement sur la colline qu'envahit peu à peu l'ombre, le gardien cède progressivement au sommeil... (waw ! vous avez vu comme je me suis foulée niveau poésie du passage ?) Hermès attend que 50 yeux se soient fermés, sort de sa poche son caducée qu'il avait planqué dans son déguisement, et paf, d'un petit coup de ce caducée magique, il endort complètement Argos ! Puis il le tue dans son sommeil et se casse comme il était venu.

Mission accomplie.

 

hermes-et-argos-490-avant-jc.jpg

[Y avait un autre système, qui aurait été de rendre Argos très myope. Ensuite, Hermès s'approche discrètement du monstre sous mine de lui poser des lentilles, et paf, un grand coup d'épée et on n'en parle plus.]

 

Héra, quand elle apprend la nouvelle, est pas contente, mais pas contente du tout. Avant d'exercer sa furieuse et terrible vengeance, elle récupère le corps d'Argos, prend ses cent yeux et les met sur les plumes de la queue du paon, son oiseau fétiche, en souvenir.

 

* Je sais, anachronisme, mais je trouvais ça marrant.

 

Sources : Ovide, Métamorphoses.

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Published by Histoires-Mythiques - dans Le cycle d'Io
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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 20:00

Dans notre grande mission d'historiographico-mythologie (dis tout de suite que je raconte des mythos), la rédaction d'Histoires-Mythiques (PDG : Tlina ; sécrétaire : Tlina ; rédactrice en chef : Tlina ; assistante de rédaction : Tlina (moi)) est fière de vous présenter son projet inouï et inénarrable : raconter l'histoire d'IO, amante de Zeus, qui eut... dirons-nous... deux ou trois démêlés avec Héra. Après quoi ladite Io eut une progéniture et engendra une lignée abondante et prestigieuse dont font partie presque tous les grands héros de la mythologie grecque. Donc, laissez-moi prendre ma lyre, me racler la gorge, prier rapidos la Muse (Calliope, ramène tes fesses, faut que je déclame une épopée) et vous narrer d'Io les amours et les périples.

 

io_lastman.jpg

[Déjà v'là l'Amour, avec ses petites ailes, manque plus que le périple]


Io était une princesse humaine, fille du dieu-fleuve Inachos, nièce du fils de Zeus Argos (comme la ville, si si). Un beau jour, Zeus se dit : "Quelle mortelle aux formes suaves et délicates ! Comme elle éveille mon désir !" (ouais en fait il a juste dû penser :"'tain c'qu'elle est bien roulée"). Il en fit illico son amante, dans un bois retiré d'un coin de Grèce nommé Lyrcée. Je vous aurais bien donné des détails croustillants sur l'union elle-même mais le Zeus, qui se méfiait des voyeurs, cacha ses ébats sous d'épais nuages surgis de nulle part.


Sauf que Héra veillait au grain.


La reine des dieux, qui vaquait sur l'Olympe, remarqua tout de suite que ces nuages là, en bas, n'étaient pas naturels. Et tout de suite (parce qu'elle avait l'habitude) elle se dit : "Ca, c'est Zeus qui me trompe !" Prête à prendre son auguste époux sur le fait, elle descendit à toute pompe de l'Olympe, débarqua sur terre, arriva au Lyrcée et fit aussitôt disparaître tous ces nuages qui l'empêchaient de voir non mais oh !


Et là, elle voit Zeus... à côté d'une vache.

 

1484625772.jpg

[Et une vache presque aussi mignonne que celle dessinée par Cécile Eyen ici]

 

Une génisse pour être précis (une vache qui n'a pas encore eu de veau).


- C'est quoi cette vache ? grogne Héra.
- Oh, c'est juste... une jolie génisse terrestre...
- Tu fais des trucs avec les vaches maintenant ?
- Non, non... euh...
- Dis donc, c'est vrai qu'elle est jolie, dans le genre bovin ! Dis, fit insidieusement Héra (qui a plus d'un tour dans son sac), si tu étais un bon mari, tu me l'offrirais en cadeau.
- HEIN ? QUOI ? Euh... pardon... oui oui ma douce... Tiens je te l'offre...


Mais bien entendu, il y avait un problème. Comme vous l'avez tous deviné parce que vous êtes de petits malins, chers lecteurs, cette génisse était bien Io. Io transformée en vitesse par Zeus qui avait vu son épouse arriver. Bref, la brave princesse vache était dans de sales draps.

 

Source : Ovide, Métamorphoses.

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