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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 10:29

Attention lecteurs assidus de ce blog, vous la bande de muets du commentaire, peu nombreux mais certes si cultivés, enfin j'espère, ou qui allez le devenir en lisant ce blog, enfin là j'me fais des illusions. Voici un scoop pas croyable, quasiment exclusif. Il vous faudra fouiller bien longtemps les tréfonds de l'Internet mythologique avant de retrouver l'histoire que nous vous contons là

 

Car voici la mystérieuse version 3 de la naissance des hommes.

 

Celle qu'on trouve en s'usant les yeux sur les dicos mythologiques, ou en fréquentant des oeuvres barbares d'intellos genre le Timée de Platon ou les Stromata de Clément d'Alexandrie. Vous voyez à quels sacrifices s'est résolue la rédactrice d'Histoires-Mythiques ( = Tlina = moi), qui s'est usée les yeux sur ces volumes pour vous. Je pense que vous devriez tous acheter son livre qui est trop cool de la mort qui tue


Dans cette version, on raconte que le premier homme, le tout premier du début de l'existence du commencement, serait un certain Phoroneus.


Ce mystérieux Phoroneus serait le fils d'un dieu-fleuve du sud de la Grèce, Inachos, et d'une nymphe au nom variable : d'aucuns la nomment Mélia, d'autres la nomment Argia, je propose qu'on passe au vote. Quelle que soit l'appellation exacte de Madame Inachos, son fils Phoroneus se serait marié avec une autre nymphe au nom encore plus variable, peut-être Télédiké, mais rien n'est moins sûr. On connaît beaucoup mieux le nom des enfants de Phoroneus : un fils, Apis, et une fille, Niobé, qui fut donc la première des mortelles.


Sur ce, on n'avait pas même atteint la deuxième des mortelles que Zeus, jetant un coup d'oeil sur terre depuis l'Olympe, aperçut la gourgandine Niobé. Ni une ni deux, il s'éclipsa du trône olympien et alla fricoter avec elle. Niobé en conçut un fils, Argos, qui donna son nom à la cité du coin.

 

argos

[Argos, ville dont les citadins, dans leur grande modestie, disent qu'elle fut fondée par un fils de Zeus et par le premier homme du monde. Hem.]


La légende susurre aussi que Phoroneus serait le premier roi mortel. Et voici comment il accéda au trône : un jour, le dieu Hermès observa les premiers humains, et constata qu'ils parlaient tous la même langue. "Mais, mais, mais, ça va pas", s'insurgea-t-il, "c'est pas drôle un monde avec une seule langue. En plus Papa Zeus m'avait dit que je serais le dieu des voleurs, des marchands et des INTERPRETES. Si tout le monde se comprend direct, je ne vois pas ce qu'on pourrait bien interpréter. Je me sens floué d'une part de mon domaine, là."

 

Alors le dieu descendit sur Terre, se glissa parmi les hommes et insinua sournoisement les langues différentes. Naquirent spontanément les dialectes, les idiomes, les patois et autres idiolectes. Hermès en fut très satisfait, et repartit vers le ciel avec la certitude de devenir un jour le saint patron des interprètes de l'ONU, des profs d'anglais et des traducteurs des éditions Budé.

 

Problème : les hommes, en ne se comprenant plus d'une tribu à l'autre, commencèrent à développer des thèses xénophobes et ethnocentristes : "Ouais l'autre y parle pas comme nous on n'en veut pas d'abord." Bientôt ils ne se supportèrent plus. L'humanité s'isola en petits groupes éclatés, hostiles, errants et désorganisés.

 

Heureusement, Phoroneus eut une idée de génie : réunir plusieurs groupes et les organiser en cité, avec tout le confort, protection contre les bêtes sauvages, la guerre et le mildiou, sécurité intérieure et tout à l'égoût. Ainsi se construisit la cité d'Argos. Phoroneus y institua le culte d'une déesse, Héra. Ce voyant, Zeus lui-même, qui tout de même venait de se faire Niobé, décida que Phoroneus serait le roi légitime de la cité pour faire plaisir à Héra. Après tout, il avait à se faire pardonner une  petite tromperie. Une de plus, sur une longue liste..

 

héra-copie-1

[Héra : "Zeus m'a encore offert une cité cette semaine... CA CACHE QUELQUE CHOSE !"]


Sources : Platon, Timée ; Hygin, Fables ; Apollodore, Bibliothèque.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 13:08

Bizarrement, les souffrances diverses n'améliorèrent pas le caractère des hommes, qui devinrent d'horribles bad guys, tuant et égorgeant à qui mieux mieux, sans foi ni loi, faisant du monde une espèce de royaume de la loi de la jungle, menaçant les divinités mineures qui vivaient sur Terre (Satyres, Silvains, Nymphes et autres) et, pire encore, faute énorme que les dieux ne pouvaient pas laisser passer, ils ne faisaient plus de sacrifices. Zeus réunit alors un grand conseil céleste dont il était, comme il se doit, le président, et entama le débat :


ZEUS - Franchement ces hommes sont insupportables d'impiété !
HERA - Ils trompent leurs femmes sans vergogne !
ATHENA - Ils n'ont aucune espèce de sagesse.
APOLLON - Je ne leur trouve pas beaucoup de dons artistiques...
HEPHAISTOS - Ils font beaucoup de bruit avec leurs guerres et leurs carnages, ça m'empêche de travailler....
APHRODITE - Oh et puis vraiment hein, moi je les trouve pas beaux !
ARES - Moi je les aime bien...
HESTIA - Je dirais qu'ils sont ardents. Enflammés. Ils ont un peu trop de feu, c'est sûr.
ARTEMIS - Comme ils sèment des cadavres partout, je ne peux plus chasser dans les forêts sans tomber sur une de ces corps sanguinolents... Ce sont de vrais pollueurs.
DEMETER - Je ne parle même pas des champs. Visiblement ils ne connaissent que les champs de bataille.
HADES - Avec tous les morts qu'ils m'envoient chaque jour, je suis débordé de boulot. Si on s'en occupait une bonne fois pour toutes ? Ca serait assez difficile à gérer sur deux ou trois jours, mais après j'aurais la paix.
POSEIDON - Excellente idée ! Si on les noyait ?


Ainsi donc, à l'unanimité moins une voix, l'humanité fut condamnée à la mort par noyade.

280px-Virgil_Solis_-_Deluge-2.jpg

["Comment ? Le gouvernement n'a pas même déclenché l'alerte grandes crues ?"]

 

Or, à cette époque, vivaient sur terre les trois fils de Prométhée, Lycos, Chimaïreus et Deucalion, et la fille d'Epiméthée et de Pandore, Pyrrha. Deucalion avait épousé sa cousine Pyrrha et partageait la vie des humains normaux lambda comme vous et moi. Et Epiméthée eut vent du projet des dieux de complètement noyer la terre ; se faisant du mouron pour sa petiote Pyrrha, lui et les Titans survivants prévinrent le couple en catastrophe.


Deucalion et Pyrrha se démenèrent alors pour construire un énorme coffre de bois, pendant que les dieux rassemblaient toutes les eaux de tous les fleuves, des mers, de l'Océan, et que Zeus faisait pleuvoir comme vache qui pisse... Pardon, faisait pleuvoir des cordes. Il pleuvait à seaux. Temps de chien, de grenouille. D'abord les hommes râlèrent et se mirent à l'abri, d'autant plus que le parapluie n'existait pas encore. Puis ils virent les eaux monter, et se réfugièrent sur les toits des maisons, sur les montagnes... On peut imaginer le spectacle : "Poussez pas ! C'est ma place ! oh, tu veux me pousser dans l'eau ? Hein ? C'est toi qui vas y finir ! (tueries et carnages, l'habitude quoi)" Enfin l'eau recouvrit la cime des monts, et les hommes finirent tous noyés.

 

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[Les contemporains du déluge n'ont pas construit de radeau, avec un seul arbre, ils étaient un peu à court de matière première.]


Sauf Deucalion et Pyrrha, qui avaient tout juste eu le temps de sauter dans leur coffre de bois et de survivre ainsi, flottant sur les eaux déchaînées.


Comprimés dans leur coffre, ils flottèrent pendant neuf jours et neuf nuits. Le dixième jour, les eaux baissèrent, et le coffre alla s'échouer sur les montagnes de Thessalie, au nord de la Grèce. Les deux survivants en sortirent, étirèrent leurs courbatures, marchèrent un peu dans la boue (ben oui, l'eau venait juste de baisser...) et trouvèrent un petit sanctuaire de la déesse Thémis (incarnation de la Justice, on ne rigole pas) où, égarés, hagards, désemparés, ils allèrent se réfugier et interroger la déesse.


- Yo ! leur répondit-elle. Vous avez survécu, bravo, vous avez gagné le super grand jeu des dieux Super Survivor ! Euh... Pardon, j'avais oublié que j'étais la déesse de la justice, et qu'avec moi on ne rigole pas. Que voulez-vous ?


Deucalion et Pyrrha, qui se sentaient un peu alone in the world (seuls sur terre pour ceux qui speak pas l'angliche), n'hésitèrent pas un instant :


- On veut des potes ! Euh, pardon : ô grande déesse, nous voudrions avoir des compagnons pour peupler avec nous l'orbe terrestre.


Thémis répondit :


- Alors il faut jeter par-dessus vos épaules les os de votre grand-mère.


Car, comme tout oracle, elle n'était pas fichue de parler clairement...

- Comment ça ma grand-mère ? s'indigna Pyrrha. J'veux pas qu'on déterre ma mamie moi !

 

(N'oubliez pas que sa mère c'était Pandore et son père Epiméthée, et donc que Pyrrha était héréditairement un peu cruche; sinon elle se serait souvenu que sa grand-mère c'était Clymène, une Océanide immortelle...)

 

- C'est une énigme, fit Deucalion.
- J'aime pas les énigmes, grogna Pyrrha (ben oui ça lui montre toutes les limites de son intelligence).
- Pyrrha, réfléchis un peu, nous sommes des Titans, non ? Nous descendons de la Terre. Symboliquement, notre grand-mère c'est la Terre. Et quels sont les os de la Terre ?
- Je sais pas... Les carcasses de dinosaures ?
- Mais non ! Les pierres ! Jetons par-dessus notre épaule des cailloux, et nous verrons bien ce que cela donne !


Ils ramassèrent donc des galets, des silex, du calcaire, de toutes sortes de caillasse diverse et variée, et marchèrent en les jetant derrière eux. Et là, miracle : de toutes les pierres que jetait Deucalion, naissait un homme, et de toutes les pierres que jetait Pyrrha, naissait une femme. C'est ainsi que l'espèce humaine naquit pour la seconde fois...
Moralité : Ne vous étonnez plus que les gens aient un coeur de pierre.

 

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[Procréation par fécondation in petra.]


Par la suite, Deucalion et Pyrrha eurent des enfants. Ils furent les heureux parents du petit Hellèn. Je vous rappelle que nous sommes dans la mythologie grecque, faite par des Grecs, et pour les Grecs, rien n'est bon s'il n'est pas grec, et pis les Grecs c'est les meilleurs d'abord. Hellèn fut donc particulièrement ilustre, car il devint l'ancêtre de tous les Grecs, auxquels il donna son nom (Hellèn = Grec en grec). Hellèn lui-même eut trois fils : Doros, qui donna son nom au peuple des Doriens (Grecs du Sud), Eolos, qui donna son nom au peuple des Eoliens (Grecs de l'Ouest), et Xouthos, dont le fils Ion donna son nom au peuple des Ioniens (Grecs de l'Est). Et les autres peuples ?... Hmm ? Quels autres peuples ?

Source : dico de Grimal ; Ovide, Métamorphoses.

 

 

Retrouvez les fils d'Hellèn et beaucoup d'autres dans Les Tribulations amoureuses de Poseïdôn,

chez Les Netscripteurs éditions !

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 08:39

Dans l'article précédent, le Titan Prométhée volait le feu aux dieux, ému par la triste condition de l'homme qui grelottait dans le froid parce qu'il n'avait pas encore été fichu d'inventer les vêtements. Il offrit le 4e élément aux hommes, avec en bonus tous les arts et les techniques, dont l'industrie textile, probablement. L'humanité échappa ainsi à la punition de Zeus qui, boudant suite à une sombre histoire de sacrifice, l'avait privée de feu de cheminée.

 

Zeus, cette fois, le prit très très très mal, et décida de punir tout ce beau monde. Il commença par envoyer Héphaïstos voir Prométhée, en compagnie de deux des enfants de Styx, Force et Puissance. Les trois dieux saisirent le Titan, l'amenèrent au sommet du Mont Caucase, où ils l'enchaînèrent et le condamnèrent à rester bloqué là. Zeus fit même un grand serment, jurant sur le Styx que Prométhée resterait toujours lié par ces chaînes à ce rocher, d'abord !

 

Prométhée, furieux, se mit à crier :

 

- D'accord, tu m'enchaînes, mais toi, tu seras détrôné par un de tes fils, oui, je sais quelle femme sera la mère du dieu qui te mettra à bas de l'Olympe !

- Comment ça ? s'écria-t-on sur l'Olympe.

 

Et voilà que les dieux se mettent à interroger le Titan qui, ferme comme un roc, ne pipe pas un mot de plus. Zeus voit définitivement rouge et envoie alors à Prométhée un aigle immense pour lui infliger une torture éternelle : chaque matin, l'aigle arrive, ouvre le ventre du Titan d'un coup de griffe, fouille dans les entrailles, lui arrache son foie et le dévore (gore, non ?). Mais chaque soir, après le départ de l'aigle, l'organe repousse et se reforme, exactement identique. L'aigle peut donc se gorger de foie gras gratis tous les jours.

 

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[L'aigle : "Grâce à Prométhée, pour moi, c'est Noël tous les jours ! Miam !"]

 

Mais les humains non plus ne s'en tireraient pas comme ça. Va suivre ainsi la légende la plus misogyne de l'Antiquité..

 

Voici donc la punition que Zeus imagina pour l'humanité :

 

Jusque là, les hommes vivaient entre hommes, c'est-à-dire peinards, sans femmes, entre copains. Ils pouvaient joyeusement passer leur temps à boire des bières, geeker, raconter des blagues salaces, regarder le foot à la télé, à condition d'inventer préalablement le foot et la télé. Bref, selon les Grecs anciens qui étaient d'horribles machos, c'était le bon temps. Nul n'avait à se soucier de sa reproduction, puisque les hommes naissaient directement de la terre. De plus, il n'y avait ni morts douloureuses, ni maladies, ni souffrances.

 

Zeus convoqua alors les dieux : il ordonna à Héphaïstos de fabriquer en argile un être qui ressemblerait aux déesses, à Athéna d'apprendre à cet être le tissage, la couture tout ça (quand je vous dis que les Grecs étaient machos), à Aphrodite de la rendre trèèès belle, et à Hermès, il fournit une mission spéciale :

 

- Je veux que cet être soit trompeur, menteur, dépensier, pas bien intelligent malgré tout. Donc tu vas lui insuffler une âme de ce style.

- Chef oui chef ! répondirent les dieux, et ils se mirent au travail.

 

Après quelques heures de boulot (les dieux de l'Olympe ont une productivité à faire pâlir le meilleur des ouvriers allemands), les dieux présentèrent à Zeus leur création : un être comme il n'y en avait jamais eu encore chez les mortels, avec une poitrine ronde, des hanches plus larges que les hommes, une taille plus fine... Bref, c'était la première femme de l'humanité, et une très belle, 90-60-90, une certaine Pandore, le don (dôron) de tous (pan) les dieux aux hommes.

 

Sur ce, Zeus en fit cadeau à Epiméthée, le Titan frère de Prométhée, qui s'était établi chez les hommes. Prométhée avait pourtant prévenu son frère de ne jamais accepter de cadeau de Zeus, mais Epiméthée avait deux défauts : 1) il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez (c'est "Celui-qui-réfléchit-après", je vous rappelle) 2) il trouvait Pandore très jolie et très attirante, et il en était tombé amoureux. Ce qui était un défaut en soi, car Pandore était la première de toutes les cruches, l'ancêtre de toutes les bombasses mignonnes et stupides. Enfin, elle inaugurait la série de toutes ces filles qui sont, aux yeux de celles dont le physique ressemble à celui de la rédactrice de ce blog, la preuve vivante qu'il y a une justice sur terre. Vous voyez Brigitte dans les sketches de Florence Foresti ? Eh bien pareil. Epiméthée, qui n'avait pas bien regardé les sketches de Foresti, épousa Pandore et eut avec elle une fille nommée Pyrrha.

 

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["Hihihihi ! Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? Je suis sûre que mon Epi chéri y planque sa réserve secrète de Schokobons !"]

 

Or il y avait chez Epiméthée une jarre qu'il ne fallait surtout pas ouvrir. Pandore, un jour, s'en approcha, se demanda : "Oh mais qu'est-ce que ça peut bien être cette jarre dis donc ? Et qu'est-ce qu'il peut y avoir à l'intérieur ?" Brûlant de curiosité, elle saisit le couvercle, sourire aux lèvres, et l'ouvrit d'un coup : paf ! horreur ! Dans un grand chambardement cosmique, en sortent tous les maux, les maladies la douleur la souffrance, la mort douloureuse, les soucis les peines les privations et tout un tas de jolies choses de ce genre, qui fondirent sur l'humanité et l'accablèrent de malheur. Pandore se dit : "Oups ! J'ai peut-être fait une bêtise !" et referma la jarre, mais c'était trop tard : elle n'avait réussi à bloquer dans la jarre que l'Espoir, la seule chose qui reste aux humains. 

 

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["PANDORE !! MES SCHOKOBONS !!!"]

 

Moralité : ne vous fiez qu'à la beauté intérieure. Si Pandore avait eu un beau cerveau, on n'en serait pas là.

 

Sources : Platon, Protagoras ; Hésiode, Théogonie, Les Travaux et les Jours ; Eschyle, Prométhée enchaîné.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 19:39

Comme je l'ai dit à l'article précédent, et décidément, lecteur, vous n'avez aucune mémoire, les mythographes ne sont pas fort bavards quant à notre naissance. Deux lignes chez Ovide, rien chez Hésiode... Mépris presque total. Nous ne saurions rien du tout, si le philosophe Platon n'avait pas fait raconter, dans un de ses dialogues, un mythe au sophiste Protagoras, qui nous présente la deuxième version de l'histoire des hommes. Protagoras, savant orateur du Ve siècle avant Jésus Christ, initiateur du premier grand mouvement sophistique... Vous vous en fichez ? Vous voulez l'histoire ? OK, OK. (bande d'incultes)

Quelques articles d'Histoires-Mythiques plus tôt, les dieux avaient flanqué une dérouillée sévère aux méchants Titans. Or parmi la famille de ces affreux rebelles, se trouvaient les Titans Prométhée et Epiméthée, fils de Japet et cousins de Zeus. Leurs noms signifiaient respectivement "Celui qui réfléchit avant" et "Celui qui réfléchit après", ce qui ne assure pas quant aux qualités intellectuelles du dit Epiméthée. Prométhée était donc un intello de première, astucieux et rusé, tandis que son frère était, euh... gentil.

 

Un jour, soit que ça lui ait passé par la tête, soit que les dieux le lui aient ordonné parce que ça les embêtait que le monde soit vide, le Titan Prométhée ramassa de la terre, la mêla à l'eau de pluie et façonna avec de petites silhouettes avec deux bras, deux jambes, un nez et des poils sous les bras : l'homme, dans toute sa grandeur et sa splendeur. Le Titan créa ainsi l'habitant intelligent du monde, le seul être capable d'offrir des sacrifices aux dieux. Ce qui me laisse penser que la commande que lui avaient passée les Olympiens n'était peut-être pas désintéressée.

 

Puis lui et son frangin Epiméthée furent embauchés par les Olympiens. Prométhée (="Celui-qui-réfléchit-avant", pour rappel) et Epiméthée (="Celui-qui-réfléchit-après") devaient distribuer à tous les animaux, l'homme y compris, toutes les capacités possibles et imaginables. Boulot de Titans : ça tombe bien, ils en étaient.


Or, Epiméthée se sentait en forme, et d'humeur créatrice. Il dit alors à Prométhée :


- Attends, frérot, je vais le faire, laisse-moi tout distribuer !


Prométhée, qui devait surestimer l'intellect de son frère, accepta et se retira dans un coin lire Kant et Spinoza. Pendant ce temps, Epiméthée regarde les animaux, regarde les capacités à attribuer et donne à l'un une épaisse fourrure contre le froid, à un autre une réserve d'eau pour survivre à la sécheresse, fait les uns herbivores, les autres carnivores, donne aux carnivores des griffes et des dents pour chasser, aux herbivores des capacités de camouflage et de reproduction pour la survie de l'espèce, fait ça bien, rajoute de la déco (queue des paons, derrière rouge des babouins, moustache de ma prof de maths, tout ça quoi) et, tout fier de son travail, appelle Prométhée.


- Ca y est frérot, t'as vu comme c'est bien distribué !


Prométhée lève le nez de son livre de philo et aperçoit soudain, parmi toutes les espèces bien dotées qui s'ébrouaient joyeusement, un petit corps tout nu dans le fond, sans rien, pas un brin de fourrure, pas une mini griffe, une minuscule mâchoire avec des crocs si inoffensifs qu'on en pleurerait. C'était l'homme. Epiméthée l'avait oublié.

 

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["Epiméthée !! Mais pourquoi t'as séché les cours de comptabilité-gestion ?!"]

 

Or, l'espèce humaine® était la création exclusive de Prométhée, world copyright restricted. Prométhée, voyant sa créature si mal lotie, décida solennellement de la prendre sous sa protection.


En effet, malgré ses moult défauts, l'homme avait encore un avantage par rapport aux animaux : il était le seul à connaître l'existence des dieux et donc à pouvoir lui faire des sacrifices. Quésaco un sacrifice ? J'explique : tu prends un truc agréable, bon à boire, bouffer ou sentir (viande, vins, céréales, parfums, lait, pop-corn, chanel n°5) et tu le brûles sur un grand bûcher selon les rites ; la fumée apporte tout cela aux dieux, qui se délectent de toutes ces bonnes choses, sont pour le coup très contents et t'apportent en échange des avantages substantiels : Zeus ne te foudroiera pas, par exemple (ben quoi ? c'est un avantage, non ?). Pour que les hommes puissent effectuer ces sacrifices, il leur fallait du feu, que Zeus leur fournissait exprès en faisant tomber sa foudre sur la cime des frênes. (Zeus, foudre à la commande, frênes rôtis 24h/24)


Or les hommes se lassèrent de tout sacrifier aux dieux. Un beau jour, dans un bled nommé Méconé, ils convainquirent les dieux de partager la viande des sacrifices avec eux. Une fois que les hommes auraient brûlé la part des dieux, ils garderaient le reste de la viande, se la partageraient et festoieraient grassement avec. Problème : quel morceau donner aux dieux, quel morceau garder ? La bavette ou l'aloyau ? Et puis pourquoi d'abord ?

 

Louvre-G112-sacrifice-d-un-jeune-sanglier--detail-.jpg

["Zeuuuus ! Le repas est servi !"]


C'est alors qu'arrive Prométhée, le rusé, qui a réfléchi avant à la question, comme son nom l'indique :

 

- Eh bien il n'y a qu'à laisser les dieux choisir eux-mêmes, suggère-t-il avec une petite idée en tête.

 

Zeus alors arrive en grande pompe, pendant que Prométhée fait les parts : il met d'un côté toute la viande, le petit gourmand, et recouvre tout de peau de boeuf, du bon vieux cuir pas particulièrement ragoûtant ; de l'autre il met deux trois morceaux bien gros et gras, surtout gras, ruisselants de graisse, sous lesquels il fourre tous les os. Et il dit à Zeus, qui vient d'arriver : "Choisis maintenant".


Mais Zeus est un dieu, et un dieu c'est omniscient, au moins en théorie. Il a bien compris que Prométhée essayait de le tromper. Il s'approche de l'autel où le Titan a posé les deux parts, ne fait même pas semblant d'hésiter et prend les morceaux gras à deux mains, les soulève et découvre les monceaux d'os - pour dévoiler la ruse de Prométhée au monde entier. Mais pourquoi donc ? Zeus était-il au régime ? Avait-il décidé de devenir végétarien ? Non ; en fait, il a fait exprès de tomber dans le piège du Titan, pour avoir une raison de le punir et de punir les hommes, qui l'agaçaient à chipoter comme ça sur les sacrifices.
En tout cas c'est ce que raconte ce fayot d'Hésiode.
Zeus donc, un peu véner qu'on ait tenté de le tromper et de lui refiler de vieux os pourris de boeufs même pas origine France, se mit à bouder, et pour exprimer son ressentiment, arrêta de foudroyer les cîmes des arbres pour donner du feu aux hommes. D'un côté les dieux devaient se passer de sacrifices, mais de l'autre les hommes, pas spécialement équipés niveau fourrure [sauf Chabal] à cause de cet étourdi d'Epiméthée, crevaient de froid. Et les bêtes sauvages les attaquaient sans cesse... Prométhée avait beau leur avoir appris à construire des huttes et tout ça, c'était pas la joie. Alors le Titan, pour protéger ses créatures, finit par trouver une solution.

 

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[Prométhée de Jean Delville : le Titan va discrètement (?) chourer la jante alliage du Soleil]


Il s'introduisit subrepticement dans le palais du Soleil en crochetant la porte, et se glissa jusqu'au char flamboyant sur lequel l'astre faisait le tour du monde chaque jour. Là, sur une des roues, il saisit une ou deux braises, et les enferma dans une tige de fenouil creuse qu'il portait sur lui, et s'enfuit. Il venait de voler le feu, qu'il donna aux hommes, avec lequel ils purent se chauffer, se protéger des bêtes et se faire des barbecues avec la viande des sacrifices. Na.


C'est pourquoi le fenouil est une plante fort importante dans le destin de l'humanité. Et d'ailleurs, de la racine de fenouil bien propre, coupée en lamelles avec une sauce huile d'olive et vinaigre balsamique... Miam...

 

Sources : Hésiode, Théogonie ; Ovide, Métamorphoses ; Platon, Protagoras.

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 16:29
"Mais c'est pas tout ça", allez-vous me dire ami lecteur, "on nous cause des dieux par-ci, des dieux par-là, et nous alors ?" Evidemment, dans votre anthropocentrisme réducteur, vous bouillez d'impatience de savoir comment, nous, les hommes, nous sommes nés. Vous attendez une histoire magnifique et sublime impliquant un jardin, une côte d'Adam et un serpent incitant à la consommation de fruits et de légumes frais.
Eh bien vous allez être déçus.

En fait, à la question "Comment sont nés les hommes", il n'y a qu'une réponse : on ne sait pas trop.

En farfouillant cependant dans les recoins les plus obscurs et oubliés de la mythologie, on trouve deux versions. Ou plutôt, trois, mais la dernière n'est réservée qu'à l'initié qui parcourt des textes vraiment, mais vraiment ignorés. Heureusement, cher lecteur, Histoires-Mythiques est là pour vous éclairer sur le chemin du savoir. Poil au rasoir.

La première version de la naissance des hommes est une horrible version pessimiste et pas sympa, dénommée par les spécialistes le mythe des races. On commence fort.


Les hommes sont, en gros, nés de la Terre ; un beau jour, ils ont poussé comme des champignons un peu partout. A l'époque les hommes étaient tous des gentils, bons, beaux et forts, tout le monde s'aimait : c'étaient les hommes de la race d'or, éternellement jeunes. Avec des hommes aussi bons de chez bons parfaitement parfaits, la terre produisait tout toute seule : pas d'agriculture, même pas de pesticides ni d'engrais azotés. On vivait de la cueillette, on mangeait bien sans rien ficher de la journée, on se reposait sous les arbres en mâchouillant des brins d'herbe et en commentant la conduite des dieux. Cette période faste, qui se déroula sous le règne de Cronos, fut appelée l'âge d'or.

 

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[Vous voyez, dans ce tableau de Cranach, l'âge d'or c'est cool, on fait trempette, on danse et c'est pas de la tektonik]


Les hommes de l'époque étaient tellement parfaits que les dieux en firent des Génies et les envoyèrent vivre une vie de délices dans les Iles des Bienheureux. (Ne me demandez pas où sont ces îles, si je le savais j'y aurais déjà déménagé.)

A la race d'or succéda la race d'argent. Race déjà inférieure ; ils étaient toujours éternellement jeunes, mais eux, c'était le genre sales gosses : ils méprisaient les dieux. Les dieux, qui n'étaient pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, les anéantirent totalement. Et pan.

 

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[Âge d'argent, toujours de Cranach : là, tout de suite, on se marre moins, mais notons qu'ils n'ont pas encore inventé la Kalachnikov]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis vint la race de bronze. Eux étaient adultes, mais passaient leur vie à guerroyer, et à force de se taper dessus arriva ce qui devait arriver : ils s'entretuèrent tous et leur race disparut.

 

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["Sous pétexte qu'on est de la race de bronze, on n'est pas illustré par un grand maître de la Renaissance ? C'est quoi ce délire ? Bastooooooon !"]

 

Ensuite survint la race des héros, grands combattants également, mais eux se battaient pour la bonne cause. C'étaient des bons, mais ils étaient mortels, et ils finirent par disparaître dans les grandes guerres genre guerre de Troie ou guerre civile de Thèbes.

 

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[Attention : un génocide à l'échelle mondiale est en train de se dérouler sous vos yeux.]

 

Et enfin, arriva la race de fer, (c'est-à-dire nous) les méchants pas bons, qui passons notre vie à nous faire des misères, à chercher de l'argent et du pouvoir, et qui vieillissons et mourons super vite. il paraît que ça va même être encore pire plus tard, quand les enfants naîtront avec les cheveux blancs, et là le monde sera rempli de maux et de guerres et il ne fera pas vraiment bon vivre. Style crise économique, quoi.

 

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[Par exemple, là, ça va pas fort.]

 

Source : Hésiode, Les Travaux et les Jours.

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