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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 12:11

Mais le roi des dieux n'avait pas fini de tromper sa femme. Un jour où Héra dormait profondément, Zeus eut une aventure avec la déesse mineure Maïa, une Pléiade (fille du Titan Atlas et de l'Océanide Pléioné), divinité campagnarde, le genre cousine pauvre, qui créchait dans une caverne dans la région du Cyllène, au fin fond de l'Arcadie, trou perdu de Grèce. Maïa était fort jolie au demeurant, avec de très beaux cheveux, même si elle ne pouvait pas se payer le dernier shampoing à la mode Fructos Tête et Epaules.

 

280px-Hermes_Maia_Staatliche_Antikensammlungen_2304.jpg

[bon, là, Maïa a raté son fard à paupières]


Maïa accoucha le quatre du mois, et dès que l'enfant (un garçon) sortit du ventre de sa mère, il sauta sur ses pieds (encore un précoce) et, comme il était déjà d'une intelligence et subtilité fourbe et rusée, et qu'en plus il avait la force d'un adulte, il se mit en tête de faire une action d'éclat pour enrichir la famille. Une idée lui vint. Il allait voler les boeufs du troupeau d'Apollon. Il faut dire qu'à l'époque Apollon était un dieu reconnu, un Olympien honoré, dieu pastoral gardien de bétail, tandis que le dieu qui venait de naître, et qui s'appelait Hermès, n'était rien.


Cela faisait à peine douze heures qu'il était né, et il échafaudait déjà un plan. Tout en réfléchisant, il vit passer devant lui une grosse tortue se dandinant sur ses pattes, et une autre idée lui vint.

 

***Attention si vous faites partie de la SPA sautez ce passage.***


Hermès emporta la tortue au fond de sa caverne, la trucida, sortit le corps de sa carapace, fixa sur l'arrière de cette carapace des bouts de roseaux de tailles diverses, tendit une peau de boeuf sur le tout, y ajouta sept cordes en boyaux de brebis, et tout ceci devint la lyre, grand instrument de l'Antiquité, dont Hermès jouait à l'aide d'un bâton nommé plectre.

***


Et Hermès se mit à chanter des hymnes à son père Zeus, ce qui ne l'empêchait pas de penser à voler le bétail d'Apollon en même temps.

 

lyre.jpg

["Je m'appelle Calliope et j'aime caresser les cadavres de tortue" ]

 

A la nuit tombante, il déposa sa lyre dans son berceau, puis quitta l'Arcadie et se mit à courir jusqu'en Piérie, où se trouvaient les boeufs du troupeau sacré d'Apollon, qui broutaient dans une prairie d'asphodèle. Il inspecte les beufs, choisit cinquante bêtes et les sépare du troupeau mais, avec une ruse de Sioux, il fait avancer le bétail à l'envers, en marchant lui-même à reculons... Subtil le ptit Hermès... Arrivé au bord de la mer, il se débarrassa des sandales qu'ils portaient et s'en tressa illico d'autres, des sandales spéciales faites de branches de tamaris et de myrte emmêlées, des sandales broussailleuses qui laissaient, à la place de traces de pas, des traces de farfouillis de branchages, comme si c'étaient les empreintes d'une drôle de bête. Nouvelle ruse : Hermès se garda bien de prendre le chemin le plus court, et avec l'objet du larcin fit un long détour pour regagner l'Arcadie. Il arrivait à un patelin nommé Onkhestos, quand un vieillard du coin, un nommé Battos, qui soignait des arbres fruitiers, le vit passer. Imaginez le spectacle : un bébé chaussé de broussailles devant cinquante vaches marchant à reculons dans la nuit... Inutile de dire que le Battos écarquillait les yeux. "Zut !" se dit Hermès, "un témoin !" Alors le bébé dieu lui dit :


- T'inquiète, vieux, tes arbres auront plein de fruits... Allez, sois sympa, et fais comme si t'avais rien vu d'accord ? Tiens, je t'offre une génisse si tu te tais.


Le Battos saute sur l'occasion et saisit la génisse, en assurant le bébé dieu qu'il ne dira rien, mais si, parole d'honneur... Il sera muet comme une pierre ! Hermès prend note et va cacher ses vaches non loin de là puis, comme sa fourberie n'a d'égale que son insolence, il change d'apparence (c'est un dieu quand même) et retourne vers le vieux en lui disant :


- Hé, dites monsieur, je cherche un bébé qui menait un troupeau de 50 vaches, ça vous dit quelque chose ? Si vous me le dites je vous offre une génisse.


"Chic ! Un moyen de doubler la mise !" se dit Battos. Et il fournit moult informations, décrit le bébé dieu, montre l'endroit où sont cachées les vaches et ainsi de suite. Hermès alors éclate de rire comme un petit fou et lance au vieillard éberlué :


- Ah bravo, tu me trahis avec moi-même ! Tiens, reçois la monnaie de ta pièce !


Et il le change en pierre, pour lui apprendre à être muet comme une pierre.


Hermès reprit son chemin, traversa les montagnes, arriva au bord du fleuve Alphée et s'arrêta là, près d'une grande étable vide, où le dieu laissa paître les vaches avant de les rentrer. Et là, sous la lune, il alluma le premier feu artificiel qu'ait jamais connu la Terre. Avec sa force surhumaine (c'est un dieu quand même) il sortit deux bêtes de l'étable, les tua, les dépeca, coupa la chair et se fit un bon rosbif ; mais il ne mangea pas tout, et laissa les pieds et les têtes dans le feu, pour les brûler en l'honneur des dieux, inventant le sacrifice aux dieux (cela dit étant un dieu il se faisait un sacrifice à lui-même, vous l'aurez remarqué...). Ensuite, bien repu et fier de lui, il nettoya le coin, balança ses sandales brousailleuses dans le fleuve Alphée et retourna dans sa caverne du Cyllène, en passant par le trou de la serrure.

 

Hermès rentra donc chez lui, dans son berceau, et manqua se faire enguirlander par sa mère ; il la calma en lui disant que la prochaine fois, il irait à Delphes voler le trésor d'Apollon, trépieds d'or et vases d'encens.

 

herm

[Le voleur étant celui qui dort sur le lit à droite, je pense qu'on pense parler de délinquance ultra-juvénile.]

 

Mais on ne la fait pas à Apollon.


Voyant qu'on lui avait piqué ses vaches, il se mit à pister le voleur. Et il fut très, très étonné. Déjà, toutes les traces étaient à l'envers, ensuite celles du voleur ne ressemblait à aucune empreinte d'aucune bête connue... Et là il leva les yeux et vit un aigle.


- C'est un signe, se dit-il. Le voleur est un fils de Zeus.


Suivant les traces à l'envers, il finit par arriver au Cyllène, parce que c'était un dieu et qu'on la lui faisait pas. Hermès vit arriver le grand Apollon qui avait l'air plutôt furax et se blottit dans son berceau, serrant sa lyre dans ses bras, en position du foetus, moitié jouant de son instrument, moitié sucant son pouce.


Apollon entra en trombe dans la caverne, se mit à fouiller partout, avisa l'enfant, le souleva violemment de son berceau et lui dit quelque chose du genre :


- Rends-moi mes vaches où je te fais ta fête !


Hermès répondit, l'air candide :


- Hein ? Quoi ? Pourquoi tu t'en prends à un bébé ? Moi je sais pas de quoi tu parles. De vaches c'est ça ? On t'a volé tes vaches ? Moi chuis un bébé, j'ai pas pu voler tes vaches. J'te jure sur la tête de papa Zeus que je dis pas que je suis coupable, et que j'ai pas vu quelqu'un voler tes vaches. (Serment particulièrement retors, car si vous y réfléchissez bien, ça ne veut rien dire)

Et il se mit à siffloter, ce qui fit sourire Apollon qui, tout dieu furax qu'il était, avait un certain sens de l'humour.


-Allez viens petit chapardeur, lui dit-il, je sens que je serai pas le seul à me faire dévaliser. Tu es le dieu Prince des Voleurs. Bon, assez rigolé, rends-moi mes vaches ou je te tue. (Sens de l'humour limité quand même cet Apollon)


Réponse :


- Prout.


Apollon vit rouge, laissa tomber le bébé par terre, puis se disputa avec lui en une belle bataille d'arguments. L'affaire finit devant le tribunal de l'Olympe, où Apollon fit comparaître Hermès. Le bébé dieu s'avança devant Zeus, et dit :


- Toute le monde voit que chuis un bébé et qu'un bébé ça peut pas voler du bétail ! C'est Apollon qui vient là, qui me brutalise. Lui qui est grand et fort, il s'en prend à un ptit bébé comme moi, et pis il m'a menacé de mort. Moi, Zeus, je peux te le dire papa, j'ai pas amené les vaches dans ma caverne. C'est pô ma faute. D'ailleurs je fais un serment. Je le jure : Non ! par les portiques bien construits des Immortels !


Zeus rit beaucoup, parce qu'il voyait bien que tout ce que disait le bébé était à double sens, ce qui ne l'empêcha pas de forcer Hermès à dire où étaient cachées les vaches. Le bébé dieu amena Apollon à l'étable au bord de l'Alphée mais, quand Apollon voulut reprendre ses bêtes, des rameaux surgirent de terre et enveloppèrent les pattes des vaches, si bien qu'on ne pouvait plus les déplacer. Apollon allait se fâcher, quand Hermès se mit à jouer de la lyre, et à chanter un hymne en l'honneur de Zeus et de tous les dieux.


- Waw, dit Apollon. J'adore la façon dont tu chantes. Et cet instrument ! Il est superbe ! Tu me le donnes ? Je t'offrirai quelque chose en échange.


- D'accord, mais on fait la paix, dit Hermès.


Et il donna sa lyre à Apollon qui en échange lui offrit un bâton où s'enroulent deux serpents qu'on nomme le caducée, plus les boeufs en prime. C'est ainisi que les deux dieux devinrent copains comme cochons.

 

Sources : Pseudo-Homère, Hymne à Hermès ; Ovide, Métamorphoses.

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Published by Histoires-Mythiques - dans Les enfants de Zeus
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