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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 10:27

Or donc, comme je vous l'ai dit, Zeus avait la fâcheuse habitude de tromper sa femme Héra. Il courait les jupons de tout être désirable : hommes, femmes, nymphes, chèvres (oui, chêvre !). C'est d'ailleurs grâce à ces frasques que naquirent de grands dieux, des dieux majeurs du panthéon gréco-romain, honorés par tous les peuples ivilisés de la Terre. Beau destin pour des bâtards.

 

Signalons déjà que Zeus trompa sa soeur et femme Héra avec son autre soeur, Déméter, et fut le père de Korè (joli nom qui signifie "la jeune fille", pas d'une originalité folle). Nous retrouverons cette péronnelle dans une prochaine histoire, car en attendant, j'ai bien envie de vous narrer celle de Zeus et de Léto.


Tout commença avec la belle Astérie.
Astérie était la fille des Titans Coios et Phoibé, soeur de la non moins belle Léto, mère de la mystérieuse Hécate. Un jour, Zeus la vit et s'amouracha d'elle. Il voulut, subséquemment, la prendre dans un coin et lui faire *ce qu'homme et femme ont coutume de faire ensemble*, mais Astérie n'était pas d'accord. le barbon fourdoyant n'était pas à son goût.
- Non ! criait-elle. Zeus, sois responsable, tout cela doit se faire entre adultes consentants !
- Mais pourquoi enfin ? protestait le roi des dieux. Et quand Astérie, terrifiée, prit ses jambes à son cou, il se mit à la poursuivre.
- AU SECOURS ! s'écria la déesse, et pour échapper à cet encombrant soupirant, elle se métamorphosa en caille (petit oiseau qui ressemble à un poulet miniature).
Courant à perdre haleine, Astérie ne fit pas attention où elle mit les pattes, et tomba dans la mer. Zeus l'eut dans l'os, car l'objet de ses voeux le fuyait en brasse dans la Mer Egée. Le roi des dieux, pas tout à fait content, décida superbement de se venger, et transforma la déesse-caille en gros bout de roche, qui dérivait dans la mer comme une pauvre petite île perdue, et qu'on appela Ortygie (Ortugia), du nom de la caille, ortux en grec.

 

Frustré par l'affaire Astérie, Zeus se rabattit sur sa soeur Léto (Latone en latin), divinité qui résidait tout au nord du monde, chez le peuple mythique des Hyperboréens, et qui, elle, semblait relativement consentante. Ils firent autant de galipettes qu'ils le souhaitèrent, et Léto tomba enceinte de jumeaux. Sauf que... Héra apprit tout, et que, crevant de jalousie, elle prit Léto en grippe. Et sa grossesse donnait à Héra une excellente occasion de se venger. Parce que la reine des dieux régnait tout particulièrement sur le mariage, la famille et l'accouchement.
- Ah t'es enceinte, hein ? rugit l'épouse trompée du haut de l'Olympe. Toi, divinité mineure, Titanide de mes bottes, t'es enceinte de mon mari A MOI, LA reine des dieux ? Eh bien je vais te lancer une de ces malédictions, que plus maudissant, tu meurs ! Tu ne pourras accoucher sur aucune terre qu'éclaire le soleil, et si un endroit me fait l'affront de te permettre d'accoucher sur son sol, je le maudirai ! et ça deviendra un endroit tout désert et tout pelé pas fertile rien ! Ha ha ha ha ! (<=ceci est un rire satanique)
Et parce que condamner Léto à l'errance perpétuelle et à la grossesse éternelle ne lui suffisait pas, elle envoya pour la harceler un monstre peu sympathique, le serpent géant Python.

serpent

[Je ne sais pas si c'est un python, mais il a pas l'air commode]

 

Léto se rendait donc gentiment chez le gynéco - ignorant tout de la terrible malédiction d'Héra - quand, en ouvrant la porte, elle tomba nez-à-nez avec un serpent énorme et peu affable. "AAAH", hurla-t-elle, et elle prit la poudre d'escampette. Elle se cassa à toute vitesse de chez les Hyperboréens, sa terre natale, en se transformant en louve pour mieux passer la frontière. Et là voilà partie en quête d' un endroit où d'une part elle pourrait accoucher et où d'autre part elle serait débarassée de l'encombrant reptile. Pendant toute sa grossesse, suant sang et eau, elle parcourut la terre habitée pour trouver un refuge. Mais la rumeur de la malédiction d'Héra s'était répandue. Et comme aucune terre n'avait particulièrement envie d'être maudite à jamais, elle se faisait expulser de partout, telle une caravane de Roms dans le pays des Droits de l'Homme.


Jusqu'à ce qu'Ortygie, l'île qu'était devenue sa soeur transformée, lui tende les bras.
Pourquoi ? Ben outre les relations de famille, l'île d'Ortygie n'avait rien à craindre de la malédiction d'Héra, vu qu'elle était déjà un bout de roche stérile, tout pelé et pas fertile, si pauvre qu'il n'était même pas accroché au fond de la mer. Rien à craindre donc. De plus, sur cette île, Léto bénéficierait de la protection du dieu des mers Poséidon. En efffet, le dieu, qui se souvenait de la première partie du serment d'Héra (comme quoi Léto ne pourrait pas accoucher sous la lumière du soleil), eut une idée de génie et fit surgir au-dessus de l'île une voûte d'eau qui la cachait aux rayons solaires.
Pendant ce temps, le serpent Python approchait d'Ortygie...
- Ssssssa alors ! siffla-t-il en arrivant près de l'île. Où qu'elle est, sssssette Léto ? Ssssur l'île ? D'accord... Mais ! Ssss'est pas normal ! Je peux pas passsser ! Sssse fichu Poséidon avec son eau, là, m'empêche d'entrer dans l'île !
Et c'est ainsi que le méchant serpent dut rebrousser chemin...

Héra allait se faire doubler, sa rivale allait accoucher, loin du soleil et des serpents et du reste, mais il lui restait un atout dans sa manche : Ilithyie, la déesse des accouchements. Cette déesse indispensable à la venue au monde des gosses n'éait autre que la fille d'Héra. La reine des dieux la priva de sortie, l'enferma dans sa chambre et ainsi l'empêcha de faire accoucher Léto.
La pauvre Léto, donc, adossée à un palmier qui poussait tout seul au milieu de l'île, essayait en vain d'expulser les marmots de son ventre (eh oui, les césariennes n'existaient pas à l'époque). Et autant vous dire qu'entre les contractions et l'absence de péridurale, elle morflait grvae. Pour l'aider, les plus grandes divinités de l'époque, Océanides et Nymphes étaient venues à Ortygie. Peine perdue, malgré neuf jours et neuf nuits d'effort, sans la présence d'Ilithyie, Léto ne pouvait pas accoucher.

palmier

[Et comme le palmier est quasiment l'emblème universel de Délos, je vous en remets un]

Les déesses prirent alors les choses en main et appelèrent Iris, la messagère arc-en-ciel. Elles l'envoyèrent négocier avec Ilithyie pour que la chose se finisse vite, parce que sage-femme, c'était pas leur job préféré.
Iris se faufila chez Ilithyie, et tenta de la prendre par les sentiments, en vain. La brave fille avait peur de la réaction de sa moman (et si elle se faisait aussi priver d'Internet, comment elle ferait pour chatter avec ses copines les Nymphes ?). Iris essaya autre chose, et exhiba un énorme collier d'ambre et d'or, long de neuf coudées - une coudée égale environ 50 cm donc 4 m 50 de collier, pas mal non ? Si la déesse venait aider Léto à accoucher, elle aurait le collier. Ilithyie, bizarrement, n'hésita plus trop, fit le mur en cachette de sa mère et fila à Ortygie.


Enfin Léto pouvait accoucher, et on dégagea son ventre d'une petite fille, qui aussitôt née, bondit sur ses pieds et alla aider sa mère à faire sortir le deuxième jumeau. (Précoce non ?) Enfin naquit un garçon étincelant, destiné à devenir le dieu de la lumière et du soleil, si brillant qu'on décida de renommer l'île "Délos" (la Brillante). C'est ainsi que naquirent Artémis et Apollon.


Léto sombra-t-elle dans le baby blues ? Que devinrent les enfants ? Vous le saurez dans la suite de notre roman-photo... euh pardon, de notre blog : "Léto, Apollon, Artémis : grenouilles et serpents". (Comment ça un titre pourri ?)

 

Sources : Pseudo-Homère, Hymne à Apollon Délien, Hymne à Apollon Pythien ; Hygin, Fables.

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Published by Histoires-Mythiques - dans Les enfants de Zeus
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Damien 18/02/2012 21:31


Petite remarque à propos de l'histoire de la descendance de Poseïdôn, telles qu'elle est relatée dans les Tribulations amoureuses du même : le proverbe français parle d'« entasser
Pélion sur Ossa ». Or selon le récit, c'est le contraire que font les Aloades. Qu'en est-il au final ?


Quant au roman lui-même, je ne peux que juger de la première partie pour l'instant, mais elle m'a bien fait rire à plusieurs reprises. Des quatre chapitres, je crois que c'est celui de Mnestra
que je préfère. Le dernier est un peu moins drôle : on s'attendrait à ce que Poseïdôn justifie plus en détail son absence totale de réaction à l'attaque menée par ses fils contre l'Olympe.


Damien

Histoires-Mythiques 27/02/2012 14:00



Les mythographes ne montrent à aucun moment Poseïdôn intervenant pour ou contre ses fils dans la lutte qui les confronte aux dieux. Je ne me suis pas sentie d'inventer une raison à cette inertie.
Disons que très probablement, Posé est occupé à draguer une cinquième donzelle ! Pour les montagnes, je vérifie.


UNE RELECTURE D'APOLLODORE PLUS TARD...


Effectivement ! Ô stupeur et damnation, je me suis trompée sur le sens de l'empilement des montagnes : c'est bien 1) Olympe 2) Ossa 3) Pélion, du moins selon le mythographe Apollodore. Je résiste
à la tentation de me faire seppuku et je rajoute cette erreur sur ma liste des corrections à apporter pour les éventuelles réimpressions du livre. NB : Je ne connaissais pas le proverbe...


Merci, Damien de Tolkiendil, pour ta lecture et pour ces remarques ! Moi aussi c'est Mnestra que je préfère :)


Tlina



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