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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 18:52

Ô Muse Calliope, chante-moi la suite des péripéties bovines d'Io, qui fut d'Argos la princesse, de Zeus la maîtresse et d'Héra la génisse. Guide mon chant jusqu'à remplir cet article et les suivantes, et inspire à mes lecteurs bienveillance et lâchage de comzz !

 

Résumé rapide de l'épisode précédent :

ZEUS : - Io je te kiffe trop grave...

IO : - Mais... mais où mettez-vous votre main monsieur ?

HERA : - J'arrive !

ZEUS : - Ciel mon épouse !

IO : - Meuh !

HERA : - File-moi cette génisse !

ZEUS : - OK tire pas je ferai tout ce que tu voudras !... Aïe aïe aïe comment je vais tirer mon amante de là moi?

(Et si vous n'avez rien pigé, allez lire l'article précédent)

 

images.jpg

[Même résumé, mais en images]

 

Io était donc aux mains d'Héra qui, pas si bête que ça, avait bien compris qu'il y avait anguille sous roche, voire baleine sous gravillon, et décida de confier la vache à un noble personnage de la ville d'Argos, qui s'appelait... Argos. EN latin, Argus.

 

Plusieurs légendes couraient sur l'origine du susdit Argos ; ma préférée prétend qu'Argos était le fils de Zeus et de la première de toutes les mortelles, Niobé, fille du roi Phoroneus. Malgré ses origines plutôt douteuses, c'était un grand ami de la déesse Héra, divinité tutélaire de la cité, à laquelle les Argiens consacraient moult honneurs et moult sacrifices. Flattée dans sa dignité divine, Héra accordait aux habitants d'Argos (la ville, pas le noble) une affection sans bornes ; c'est pourquoi elle aimait beaucoup Argos (le noble, pas la ville). Sans compter que le pauvre Argos souffrait déjà assez dans sa vie de tous les jours sans écoper non plus d'une malédiction divine : il avait un physique plutôt particulier... Il avait cent yeux qui lui ceinturaient la tête et lui permettaient de voir derrière son dos. Certes pratique, mais pour l'esthétique, on repassera. Devait pas avoir un gros succès avec les filles cet Argos...

En attendant c'était le seul fils de Zeus à être plutôt en bons termes avec Héra. Car on a beau dire sur le caractère teigneux de la déesse, il faut reconnaître qu'elle a du respect pour les handicapés.

argus.jpg

[Argus : "J'en ai marre de surveiller le prix des voitures, j'me casse à la campagne garder des vaches."]

 

Héra lui dit donc : "Allez mon pote tu me gardes cette génisse s'il te plaît ?" ce dont Argos, qui n'avait rien à lui refuser, s'acquitta. Il attacha donc la belle princesse transformée en bovidé à un pieu pour la faire paître, sans se priver de lui donner deux ou trois coups de bâton, et surtout sans la quitter des yeux. Ce qui n'était pas trop dur pour lui, d'autant plus que même quand il dormait il n'en fermait que cinquante.

Contemplant depuis l'Olympe son amante si malencontreusement métamorphosée et forcée de brouter sarriette et serpolet, Zeus se faisait du mouron :

- Hélas, nom de moi, comment je vais faire pour tirer ma chère et tendre de cette situation ? C'est que l'autre c'est mon fils... C'est embêtant de le trucider... D'autre part Io c'est mon amante... Alors ? Amour paternel ou attirance physique ?... Mais pourquoi je me pose cette question enfin ? Attirance physique bien sûr !

Zeus avisa le dieu Hermès, qui passait justement dans le coin et lui adressait un "'Lut, p'pa !" désinvolte ; le roi des dieux interpella son garçon :

- Oh, fiston, tu tombes bien ! J'ai un petit service à te demander... Tu pourrais aller trucider Argos s'il te plaît ?

- Argos ? Tu veux dire le grand baraqué très très musclé qui fait peur et qui mord, avec cent yeux qui font de lui l'équivalent biologique d'un réseau de vidéo-surveillance, monstre invulnérable et terrifiant ?

- Tout à fait.

- OK, p'pa, je le zigouille et je reviens pour l'heure du thé.

Hermès (dieu des routes, des marchands, des voleurs, du mouvement et de la ruse) obéit donc à son popa, et descend illico sur terre. Dans sa rouerie et sa ruse sans mesure, il se déguise en berger et approche du coin où Argos gardait sa vachette. Or, pendant ce temps, le dieu-fleuve Inachos, le père d'Io, était parti en quête de son enfant perdue.

 

*La partie qui va suivre est un intermède pathétique*

*Prière de sortir Kleenex et pots de Nutella*

Le père d'Io, le dieu-fleuve Inachos, cherche sa fille et arrive soudain devant elle... Il n'arrive pas à la reconnaître d'abord, mais celle-ci trace dans la terre son nom... Le vieux dieu-fleuve fond en larmes, veut lui sauter au cou, mais Argos, près d'elle, repousse impitoyablement le père éploré... La pauvre Io mugit tristement...

*Fin de l'intermède pathétique*


Hermès débarque, déguisé en berger, avec la tenue du berger, un pipeau de berger, un bâton de berger (livrez-vous sur ce point à toutes les équivoques que vous souhaitez, lecteurs à l'esprit mal tourné) et salue Argos :

- Hello, vieux ! Dis-moi, tu dois faire la fortune des ophtalmos*, toi ? OK, je charrie, ha ha ha ! Alors, vieux, on peut taper la causette un peu non ? Ca va la famille ? La femme, les enfants ?

- Ouais ouais, répond l'autre.

- Dis-moi, tu as une sacrée conversation. A force de parler autant, l'asphyxie te guette. Bon, puisque tu ne paraîs pas prêt à faire la conversation, ça te plairait que j'te joue un ptit air sur mon flûtiau ? Tiens écoute !

Et Hermès lui sort un superbe morceau doux et languissant, le genre un peu berceuse. Or Argos, de façon surprenante, était plutôt mélomane pour un géant monstrueux doté d'organes surnuméraires. Il lance au dieu : "Un autre, un autre !" Le dieu continue à jouer, une petite étincelle dans les yeux, pendant que la nuit tombe doucement, qu'Argos bâille, que certaines de ses cent paupières s'alourdissent et se ferment au son apaisant de la flûte... Et alors que les notes pures s'égrènent lentement sur la colline qu'envahit peu à peu l'ombre, le gardien cède progressivement au sommeil... (waw ! vous avez vu comme je me suis foulée niveau poésie du passage ?) Hermès attend que 50 yeux se soient fermés, sort de sa poche son caducée qu'il avait planqué dans son déguisement, et paf, d'un petit coup de ce caducée magique, il endort complètement Argos ! Puis il le tue dans son sommeil et se casse comme il était venu.

Mission accomplie.

 

hermes-et-argos-490-avant-jc.jpg

[Y avait un autre système, qui aurait été de rendre Argos très myope. Ensuite, Hermès s'approche discrètement du monstre sous mine de lui poser des lentilles, et paf, un grand coup d'épée et on n'en parle plus.]

 

Héra, quand elle apprend la nouvelle, est pas contente, mais pas contente du tout. Avant d'exercer sa furieuse et terrible vengeance, elle récupère le corps d'Argos, prend ses cent yeux et les met sur les plumes de la queue du paon, son oiseau fétiche, en souvenir.

 

* Je sais, anachronisme, mais je trouvais ça marrant.

 

Sources : Ovide, Métamorphoses.

Published by Histoires-Mythiques - dans Le cycle d'Io
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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 20:00

Dans notre grande mission d'historiographico-mythologie (dis tout de suite que je raconte des mythos), la rédaction d'Histoires-Mythiques (PDG : Tlina ; sécrétaire : Tlina ; rédactrice en chef : Tlina ; assistante de rédaction : Tlina (moi)) est fière de vous présenter son projet inouï et inénarrable : raconter l'histoire d'IO, amante de Zeus, qui eut... dirons-nous... deux ou trois démêlés avec Héra. Après quoi ladite Io eut une progéniture et engendra une lignée abondante et prestigieuse dont font partie presque tous les grands héros de la mythologie grecque. Donc, laissez-moi prendre ma lyre, me racler la gorge, prier rapidos la Muse (Calliope, ramène tes fesses, faut que je déclame une épopée) et vous narrer d'Io les amours et les périples.

 

io_lastman.jpg

[Déjà v'là l'Amour, avec ses petites ailes, manque plus que le périple]


Io était une princesse humaine, fille du dieu-fleuve Inachos, nièce du fils de Zeus Argos (comme la ville, si si). Un beau jour, Zeus se dit : "Quelle mortelle aux formes suaves et délicates ! Comme elle éveille mon désir !" (ouais en fait il a juste dû penser :"'tain c'qu'elle est bien roulée"). Il en fit illico son amante, dans un bois retiré d'un coin de Grèce nommé Lyrcée. Je vous aurais bien donné des détails croustillants sur l'union elle-même mais le Zeus, qui se méfiait des voyeurs, cacha ses ébats sous d'épais nuages surgis de nulle part.


Sauf que Héra veillait au grain.


La reine des dieux, qui vaquait sur l'Olympe, remarqua tout de suite que ces nuages là, en bas, n'étaient pas naturels. Et tout de suite (parce qu'elle avait l'habitude) elle se dit : "Ca, c'est Zeus qui me trompe !" Prête à prendre son auguste époux sur le fait, elle descendit à toute pompe de l'Olympe, débarqua sur terre, arriva au Lyrcée et fit aussitôt disparaître tous ces nuages qui l'empêchaient de voir non mais oh !


Et là, elle voit Zeus... à côté d'une vache.

 

1484625772.jpg

[Et une vache presque aussi mignonne que celle dessinée par Cécile Eyen ici]

 

Une génisse pour être précis (une vache qui n'a pas encore eu de veau).


- C'est quoi cette vache ? grogne Héra.
- Oh, c'est juste... une jolie génisse terrestre...
- Tu fais des trucs avec les vaches maintenant ?
- Non, non... euh...
- Dis donc, c'est vrai qu'elle est jolie, dans le genre bovin ! Dis, fit insidieusement Héra (qui a plus d'un tour dans son sac), si tu étais un bon mari, tu me l'offrirais en cadeau.
- HEIN ? QUOI ? Euh... pardon... oui oui ma douce... Tiens je te l'offre...


Mais bien entendu, il y avait un problème. Comme vous l'avez tous deviné parce que vous êtes de petits malins, chers lecteurs, cette génisse était bien Io. Io transformée en vitesse par Zeus qui avait vu son épouse arriver. Bref, la brave princesse vache était dans de sales draps.

 

Source : Ovide, Métamorphoses.

Published by Histoires-Mythiques - dans Le cycle d'Io
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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:16

Les hommes avaient mainteant le blé. Ils commençaient à être relativement bien organisés, qu'ils soient groupés en peuplades, surtout pour la Grèce du Nord, ou en cités, surtout pour la Grèce du Sud. Je précise qu'une cité, c'est un territoire composé de plein de petits villages et de champs, avec au centre une petite ville ou citadelle, où siègent le roi, les nobles ou l'assemblée du peuple selon le régime de la cité, et où les paysans peuvent se réfugier en temps de guerre, ce qui était finalement assez courant à l'époque.

 

Les dieux se mirent alors à s'y intéresser sérieusement. Et ils pesèrent à se décuper dans le territoire des hommes des domaines de prédilection, où chaque dieu se ferait adorer en priorité. Tous les hommes ne pouvaient pas adorer indistinctement toutes les divinités partout ! Déjà, en comptant les petits dieux, des divinités, il y en avait des tas, et à ce rythme, les sacrifices aux dieux allaient être riquiquis. Alors que pour les dieux, les hommes n'ont qu'un intérêt, leur OFFRIR DES SACRIFICES.

Zeus rassembla donc tout le petit monde divin (Olympiens, divinités plus ou moins majeures, Nymphes, Satyres et tout le bazar) sur l'Olympe, et on décida qu'en chaque cité de Grèce, on adorerait UN dieu principal, ce qui n'empêcherait pas les hommes d'offrir des sacrifices aux autres, mais le dieu principal aurait la priorité.


- Pour moi, dit Zeus, je prends Olympie, prem's !
- Deuz, fit Déméter, je chope Eleusis essvépé !
- Moi je veux Argos ! s'écrièrent exactement en même temps Poséidon et Héra. Quoi ? toi aussi tu veux Argos ? reprirent-ils en choeur. C'est moi qui l'ai dit en premier ! continuèrent-ils d'une même voix.
- En l'occurrence je ne vois qu'une solution, dit Zeus, se posant en arbitre en son frère et sa femme. Il faut demander aux habitants, c'est eux les premiers concernés...


Les dieux descendirent donc en grande pompe sur terre, dans les verts pâturages, terrorisant les moutons qui y broutaient, avec leur cortège lumineux, resplendissant et bruyant. Là se trouvait Phoroneus, le premier roi des hommes, le fondateur de la ville d'Argos, qui fut lui-même assez surpris de voir toutes ces belles gens débarquer de nulle part, mais il devait être habitué puisque Zeus se tapait sa fille Niobé.


- Ô roi des mortels, dirent les dieux, grand Phoroneus aimé des habitants du ciel, désigne lequel des deux, de l'Ebranleur de la Terre au trident redoutable, ou de l'auguste épouse de Zeus, aura en partage ta cité.
- Hein ? Euh ? Quoi ? répondit Phoroneus.
- C'est Poséidon ou c'est Héra qu'tu vas adorer, vieux ?
- Ah, d'accord ! Ben j'ai déjà construit un temple à Héra alors je préférerais ne pas avoir à réinvestir dans des travaux de construction... dit-il, car en bon roi, il pensait aux finances de la cité.
- J'AI GAGNE ! s'écria Héra.
- Quoi ? rugit le dieu des eaux, et super énervé, il se promit que la cité d'Argos ne s'en tirerait pas comme ça.

 

Subséquemment, Poséidon assécha tout le territoire d'Argos en le privant de sources, tant et si bien que des générations durant, les Argiens durent aller puiser leur eau très loin de la cité, en marchant péniblement dans les terres sèches et dangereuses de Grèce du Sud tels des enfants du Sub-Sahel.

 

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[On ne sous-estime pas Posé, même s'il est véhicué par des hippocampes.]


Après cet intermède, les dieux revinrent sur l'Olympe, et continuèrent leur tombola :


- Je prends Delphes et Délos, déclara Apollon.
- Moi l'île de Chypre et celle de Cythère, susurra Aphrodite.
- Et l'Attique ? demanda Zeus. Ca intéresse quelqu'un ?
Poséidon se racla bien la gorge, cette fois, déterminé à pas se faire piquer la première place, s'avança majestueusement, ouvrit la bouche et...
- Oui, oui, je veux bien dit Athéna avant que le dieu des eaux n'ait pu s'exprimer, au grand dam de celui-ci.


Cette fois, Poséidon protesta : il n'allait pas se faire chiper la grande région de l'Attique par une gamine comme la petite Athéna, non mais ! On lui avait déjà sucré Argos ; hors de question qu'il se fasse encore marcher sur les pieds. Avant qu'une dispute n'éclate sur l'Olympe, Zeus déclara : rebelote, on descend sur Terre et on voit ce que les humains en pensent. Les dieux refirent donc une petite virée sur terre, et arrivèrent en Attique, que se disputaient Poséidon, dieu des eaux, et Athéna, déesse de la guerre et de l'intelligence. Pour ceux qui ne contemplent pas avec admiration une carte de la Grèce tous les jours, je rappelle que l'Attique est cette région étirée au-dessus de l'isthme de Corinthe (vous voyez, là, la sorte de grosse pointe juste au-dessus du Péloponnèse, ce truc qui ressemble à une main à trois doigts).

Les dieux arrivèrent donc chez le roi actuel du coin, un dénommé Cécrops, être fort bizarre puisqu'il n'était qu'à moitié humain : la fin de son corps se terminait par une longue queue de serpent. Le Cécrops était en effet né de la Terre elle-même, et chacun sait que la terre n'enfante que des serpents. (Ah bon ? vous saviez pas ? mais qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école ?) Cécrops était plutôt un bon roi, puisqu'il avait supprimé les sacrifices humains qu'on pratiquait à l'époque, en les remplaçant par des sacrifices de gâteaux d'orge : ça fait moins de sang, c'est donc plus facile à nettoyer. Les dieux lui reposèrent la même question : qui allait être le dieu principal du coin ?


- Ben je ssais pas, moi, faut voir sse qu'ils ssont capables de faire, sses dieux, siffla le roi-serpent. Poséidon se dit alors qu'une petite démonstration de puissance ça faisait toujours bien, et planta son trident en terre pour faire jaillir une super-source d'eau salée, que ça coule et que c'est classe, dans un geste majestueux.
- Ah ah, petit joueur, fit Athéna, et elle étendit la main et fit naître un arbre totalement nouveau, un truc pas bien grand et frêle, mais avec de petits fruits verts et dodus : un olivier. Cécrops en goûta une et trouva ça 'achement plus utile qu'un peu d'eau même pas buvable.


Le roi allait se prononcer mais les dieux décidèrent finalement de régler ça entre eux, s'assemblèrent en tribunal sur l'Attique et décidèrent de voter. Cécrops apporta son témoignage : "Ouais ouais, je jure ssur l'honneur que j'ai bien vu la déesssse faire pousssser un olivier, et les fruits ils ssont exssellents, vous en voulez un ?" Les douze dieux conférèrent, toutes les déesses furent du côté d'Athéna, tous les dieux du côté de Poséidon, et comme ça faisait égalité ce fut finalement l'avis de Cécrops qui l'emporta. Or, Cécrops adorait l'idée des olives : il était déjà mentalement en train d'inventer l'huile d'olive, la tapenade et la machine à dénoyauter. Il vota alors pour Athéna, qui gagna le concours et, pas mégalo du tout, décida d'appeler la cité de la région Athènes, de son propre nom.

 

pose-athena.jpg

[Athéna et Poséidon négociant leur roblème de voisinage.]

 

Bien entendu, Poséidon, furax, déclencha une immense inondation sur l'Attique, et toute la région eut les pieds dans l'eau pendant quelque temps. Sauf Cécrops bien sûr, vu qu'il n'avait pas de pieds.

Bref, tous les dieux se choisirent une ville, sauf Hermès parce qu'il est pas particulièrement sédentaire, et que ça l'éclatait d'être honoré un peu partout plus que beaucoup juste à un seul endroit, les divinités s'en allèrent, Zeus allait partir retrouver son amante n°150 quand il vit arriver, à la tombée de la nuit, un dieu à toute pompe... C'était le Soleil, qui venait de finir son boulot du jour et que tout le monde avait oublié, et qui surgissait en disant : "Qu'est-ce que j'ai manqué ?"


Zeus était plutôt embêté, car il avait distribué toutes les cités grecques (et on sait que pour les Grecs, les cités grecques ont la classe parce qu'elles sont grecques, et que comme on est dans la mythologie grecque, les Grecs c'est les Grecs et puis les Grecs d'abord) sur terre. "Caramba !" s'écria le Soleil. C'est là qu'il vit, au fin fond de la mer Egée, une île qui n'était encore sortie des eaux. " Hé cousin", dit-il à Zeus, "tu veux pas me filer cette île-là quand elle sera sortie de l'eau ? Elle me plaît bien !" Zeus accepta, et c'est ainsi que l'île de Rhodes devint le fief attitré du Soleil.

 

Sources : Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie gréco-romaine ; Pausanias, Description de la Grèce ; Apollodore, Bibliothèque ; Pindare, Olympiques.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:54
Après ces histoires d'amours divines plus ou moins chaotiques, laissons un temps les dieux  de côté pour parler des HOMMES. (ah enfin !)
Or je préfère te prévenir d'emblée, lecteur : cette partie de ta lecture va être très déroutante. En effet, comme tout le monde, tu as bâti ta culture mythologique sur le visionnage de néo-péplums, de dessins animés Disney et de séries genre Xéna ; tant et si bien que tu risques de ne connaître aucun de spersonnages que je m'en vais te présenter. ET POURTANT. Car il s'agit de héros, de grannnds héros... mais que personne ne connaît aujourd'hui. Car nul n'a songé à faire un film épique sur Erichthonios ou encore Coroïbos. Faites un sondage dans la rue, demandez aux gens de vous raconter l'histoire de Ion, pour rire ! A moins de tomber sur un de ces êtres bizarres et marginaux que sont les Lettres-Classiques, je doute que vous remportiez un franc succès...

Voyons le bon côté des choses : après la lecture de ce blog, vous allez pouvoir frimer devant votre prof de latin en racontant des légendes que même lui ne connaît pas. Et ça vous vengera de votre 2 en version. (S'il y a des élèves de prépa dans le public...)

Commençons par la légende du grand, de l'essentiel et du totalement méconnu Triptolème.
Après l'escapade de Déméter sur Terre et son expérience dans le baby-sitting, la déesse s'intéressa tout particulièrement à la famille royale d'Eleusis : elle s'était occupée de l'aîné, Démophon, voilà qu'elle s'intéresse au cadet, Triptolème. Il faut dire qu'à cette époque, je ne sais pas de quoi vivaient les hommes, mais ils ne connaissaient pas le blé ; ils ne pouvaient donc pas se faire de Big M*c au bacon et au cheese, vous vous rendez compte ? pas de pizzas ! pas de pâtes ! pas de pain au chocolat, pas de cochonneries biscuitées et sucrées !
Déméter, voyant la profonde misère dans laquelle vivait le genre humain (quand même), prit le petit Triptolème sous son aile. Elle n'essaya pas de le rendre immortel celui-là, mais elle lui apprit comment semer et cultiver le blé, dans un champ appelé champ Rharios, le premier endroit du monde à porter du blé. Puis elle lui fila un grand char tiré par des dragons, et lui confia une mission spéciale : faire le tour du monde faire la pub du blé.
tripto.jpg["N'oublie pas de faire régulièrement le plein de ton char ailé, il ne tourne pas au blé, non plus"]

Triptolème fit sa tournée promotionnelle, vit du pays, et arriva en Thrace, au nord de la Grèce, sur le territoire des Gètes. Là, le roi Carnabon l'accueillit à bras ouverts... en apparence. Pendant que Triptolème ne se méfiait pas, Carnabon tua un des dragons qui tiraient le char du héros, afin que celui-ci ne puisse pas s'enfuir, puis prépara une embuscade pour piéger le jeune homme. Ce qui désigne vraiment Carnabon comme un gars pas gentil.
Mais, au moment où le pauvre Triptolème allait tomber dans l'embuscade, voilà que sa protectrice divine accourt ! Tout de suite, elle répare le chariot, remplace le dragon manquant, fait repartir Triptolème vers des terres plus hospitalières, et punit vigoureusement le roi Carnabon. On ne sait pas quelle est cette punition au juste, mais la vie du roi devint tellement impossible qu'il fut fort heureux de mourir pour y échapper. Puis, histoire de montrer l'exemple de ce qui arrive à ceux qui embêtent ses protégés, Déméter changea le corps du roi en constellation, où pour l'éternité on le voit aux prises avec un énorme dragon.

Sur ce, Triptolème s'en revint chez lui, la riante cité d'Eleusis, où régnait toujours son père Céléos. Voilà que le fiston arrive, auréolé de gloire, dans son magnifique char tiré par des dragons merveilleux ; le peuple, tout émerveillé, lui fait fête et clame sa gloire sur tous les toits.
triptosemant.jpg
[Normal que Triptolème se fasse acclamer, s'il passe son temps à distribuer du blé.]
Le père et roi en titre, Céléos, se sent un peu jaloux.
Et même très jaloux... Après tout, c'est lui le roi ici... Et comme dans la mythologie grecque on ne fait jamais les choses à moitié, il songe à trucider son fils. Heureusement, Déméter (toujours elle) l'apprend de justesse, et sauve son protégé (comment, je sais pas). Triptolème devient roi d'Eleusis, les bons ont gagné, les méchants ont perdu. Et nous sommes en présence de l'un des rares mythes qui finissent bien.

Sources : Ovide, Fastes ; Tristes ; Pausanias, Description de la Grèce ; Apollodore, Bibliothèque ; Hygin, Fables ; Astronomie Poétique.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 20:28
Dans l'article précédent, le méchant dieu Hadès, empli de désir lubrique, kidnappait vigoureusement la jeune Koré, fille de Zeus et de Déméter. QUEVATILSEPASSER??? Eh bien, c'est ce que vous détaille cet article.

Chapitre 1 : Démeter mène l'enquête

 

Korè hurle "Mamannnnnnnnn !" et son cri transperce les cieux avant qu'elle ne disparaisse complètement dans le monde souterrain ; Déméter, sur l'Olympe, n'a pas besoin d'avoir spécialement l'ouïe fine pour entendre sa fille beugler ; alarmée, elle descend à toute vitesse sur terre et là, ne trouve plus personne.

- Mais où est mon bébé ? rugit cette maman poule.

bernin-persephone.jpg

 

["M'maaaaaaan ! Rapporte-moi ma brosse à deeeeeents !"]

 

Elle se met à la chercher partout, interrogeant les dieux, les hommes et autres, mais personne ne veut parler, c'est la loi du silence, on craint des représailles de Zeus et d'Hadès... Pendant neuf jours (neuf, chiffre sacré !), la déesse sillonne la terre, torches à la main, en cherchant son petit bébé mignon tout plein d'amour, sans rien trouver, sans manger ni boire, et sans prendre de bain (beurk).
Voilà que le dixième jour, elle croise Hécate, la déesse des intermédiaires et de la sorcellerie, qui lui dit :
- Auguste Déméter, déesse des saisons et des moissons, lequel des dieux ou des mortels a donc enlevé Korè et rempli ainsi votre âme de chagrins ?
- Quoi ? s'exclame la déesse. Ma fille a été enlevée ? Où quand comment ? Qui que quoi dont où ? Mais où est donc Ornicar ?
- Je viens d'entendre sa voix, répond Hécate (elle retarde, ça fait dix jours), mais je n'ai pu apercevoir quel était le ravisseur.
- Viens là ! s'écrie Déméter, et elle l'entraîne chez le Soleil qui, comme chacun le sait, voit tout puisqu'il est au milieu du ciel.
Le brave Soleil était en train de brosser le pelage de feu de ses quatre chevaux de feu qui tirent le char de feu avec lequel il éclaire le monde (de son feu), quand il voit surgir les deux déesses, dont Déméter qui lui saute dessus et lui lance :
- Toi, le Soleil ! Dis-moi qui m'a enlevé ma fille, tout de suite !
Le Soleil répond :
- Euh... ben... c'est que... Déméter... c'est ton frère... Hadès... Mais bon... tu devrais être contente non ? C'est un grand dieu... un dieu riche... pour gendre il est parfait non ? Non tu trouves pas bon ben désolé pour ce que j'en disais hein...
- QUOOOOOOI ?!!! hurle la déesse à qui ça ne plaît pas, mais alors pas du tout. Le Soleil juge plus prudent de s'éclipser sur son char et de laisser Déméter à sa fureur.

Chapitre 2 : Déméter baby-sitter

Déméter était donc un peu vénèr, et pour le coup, se mit à bouder. Elle commença à mépriser royalement les Olympiens et décida de s'exiler sur terre, histoire de, non mais.

 

EleusisDemeterTriptolemos.jpg

[Déméter examine un enfant et songe à une nouvelle vocation : cracheuse de feu et/ou baby-sitter. Elle parviendra à assouvir ses deux passions, n'ayez crainte. Enfin si, pour le gosse.]

 

Elle errait en geignant et ronchonnant sur les terres des mortels, jusqu'à arriver à la ville d'Eleusis, près d'Athènes. Là, sous l'aspect d'une vieille fille grincheuse, elle s'assit près d'une fontaine, sous un olivier. Alors qu'elle gémissait sur son pauvre bébé d'amour mais qu'est-ce qu'il est en train de lui faire ce méchant Hadès, faites confiance à votre famille je vous jure, arrivent quatre filles, les quatre filles du roi d'Eleusis, dans l'ordre : Kallidikè, Dicidikè, Démo et Kallithoè, qui venaient puiser de l'eau. Elles virent cette espèce de vieille bonne femme et, poussées par la curiosité, lui demandèrent d'où elle venait et comment elle s'appelait. Déméter leur raconta un baratin comme quoi elle s'appelait Déô, qu'lle venait de Crète, que son navire avait été attaquée par les pirates, qu'elle s'était enfuie, et que maintenant elle cherchait du travail.
La jeune Kallidikè répondit :
- Dites madame on a peut-être quelque chose pour vous... Ca vous dit de garder un bébé ? Parce que nos parents ont un fils, vous savez. Vous devriez aller voir.
"Why not", se dit la déesse, "ça me consolera peut-être d'avoir perdu ma pauvre chérie d'amour." Et elle suivit les quatre filles jusque dans le palais.
Elle fut présentée à l'heureuse mère, Métanire, et au petit bébé; mais cela lui fit penser à sa chérie mignonne tout plein, et Déméter commença à tirer une tête d'enterrement, emmitouflée dans une vieille peau de mouton qu'on lui avait donné, sans parler, les yeux baissés.
Heureusement, la reine Métanire avait une amie, Iambé, qui s'écria :
- Io, toi, tu causes pas beaucoup ma vieille ! Allez, lâche-toi, rigole ! Faut s'éclater dans la vie !... ce qui finit par faire rire Déméter. Pendant ce temps la reine lui donnait un peu de vin, et la déesse se dérida quelque peu. Elles causèrent, elles parlèrent langes, biberon et petit bébé d'amour, et Déméter fut engagée comme baby-sitter.
Sauf que... Sauf que la nouvelle nounou avait des méthodes bien particulières. Déjà elle ne lui donnait pas de lait à boire ni rien à manger. En fait, elle le frottait d'ambroisie, le portait un peu sur son sein, et la nuit, elle le mettait au milieu d'un feu brûlant. (Je vous déconseille de le faire en vrai). En fait, elle lui faisait suivre un régime spécial pour qu'il ne vieillisse et ne meure jamais (pratique une déesse nounou non ?). Par malchance, une nuit, Métanire eut une insomnie, et voyant Déméter plonger son gosse dans le feu, se mit à hurler :
- QUOI !! Mon enfannnt ! Mon bébéééééééééééééééééé !
- Ouais bon quoi faut pas s'énerver, râla la déesse en enlevant le bébé. T'es nulle toi ! Il aurait pu être immortel ton gamin ! Tu vas m'écouter ma vieille. Je suis la grande et auguste Déméter, pauvre mortelle ! Tu m'as mise en colère ! Mais je serai bonne. Si tu organises des célébrations spéciales en mon honneur et en celui de ma chérie d'amour mignonne tout plein Korè, des rites mystérieux réservés à de seuls initiés, je serai apaisée*. Sur ce, bon vent !
Et elle disparut dans un flash de lumière.

Chapitre 3 : Déméter négocie

 

Mais après cet intermède, Déméter se dit : "Aux grands maux les grands remèdes", se retira dans le temple que lui édifièrent en hâte les citoyens d'Eleusis, et se mit en grève.
Pendant un an, rien ne poussa, rien ne germa, et les hommes étaient menacés de tous mourir de faim. Les dieux, voyant que si ça continuait, il n'y aurait plus de mortels pour leur faire des sacrifices (et CA, c'est grave), commencèrent à se dire qu'il serait peut-être utile d'amadouer la déesse avant que l'humanité ne périsse dans d'affreuses famines. Zeus lui envoya donc Iris, la messagère arc-en-ciel, pour convoquer Déméter sur l'Olympe, mais elle, entêtée, refuse. Alors on lui envoya (dans le désordre) Héra, Athéna, Poséidon, Hermès, Apollon, Hestia, Hadès, Héphaïstos, Aphrodite et les autres, avec plein de cadeaux pour la faire revenir, mais Déméter oppose à leurs tentatives de conciliation une volonté ferme : tant qu'elle n'aura pas sa Korè, c'est niet.
- OK, OK, se dit Zeus, et il envoya Hermès aux Enfers chercher la jeune fille.
- OK, OK, fit Hadès et, avec un sourire rusé, renvoya son épouse à sa belle-maman.
- Chic ! fit Korè qui, même si depuis le temps, elle était tombée amoureuse de son mari, surtout que roi des Enfers c'est une bonne situation, se réjouissait de voir sa moman.
Elle retrouva sa mère, et embrassades, caresses, petits noms tout mignons d'amour chéris tout pleins, jusqu'à ce que Déméter s'aperçoive que quelque chose n'allait pas et s'écrie :
- Dis-moi, ma chérie, tu n'aurais pas mangé quelque chose dans le monde des morts ?

 

demeter-persephone.jpg

[Hermès voudrait bien ramener la donzelle à sa mère éplorée, mais... mais... quelque chose bugue, raaah]

 

Korè, toute confuse, bafouilla deux ou trois machins, puis avoua :
- Ben en fait euh...
Mais un certain Ascalaphos, le fils du dieu-fleuve des Enfers Achéron, qui assistait à toute la scène, se mit à crier : "Si si je l'ai vue ! Elle a avalé un pépin de grenade que Hadès lui a donné !"
Et là, Déméter comprit qu'elle s'était fait avoir, car il suffisait de manger quelque chose du monde des morts pour appartenir à tout jamais aux Enfers. Korè devrait y retourner de toute façon. Plus furieuse que jamais, elle se rua sur le pauvre Ascalaphos, l'écrasa sous un énorme rocher qui le bloqua à l'entrée des Enfers : ça lui apprendrait à faire la balance, non mais !
Alors on se mit à la table des négociations, en présence des partenaires sociaux... euh, pardon, de Déméter, de Korè, d'Hadès et de Zeus, discutant âprement pour trouver un consensus, et Zeus finit par couper la poire en deux : Korè resterait neuf mois chez sa mère, sur l'Olympe, et les plantes pousseraient, fleuriraient, donneraient des fruits (comme ça les hommes pourraient manger, survivre et surtout OFFRIR DES SACRIFICES aux dieux) ; et pendant trois mois, elle irait aux Enfers, se consacrerait à son époux set règnerait sur les Enfers sous le nom de Perséphone, pendant que Déméter ferait la grève en signe de protestation. Et c'est pourquoi en hiver, quand Perséphone retourne chez son mari, rien ne pousse. Essayez pour voir de semer du blé par -2° !

* C'est ainsi que naquirent les Mystères d'Eleusis, célébrations religieuses réservées à des initiés de noble famille, qui enseignaient à la fois les secrets de la vivace Déméter et de la déesse des Enfers Perséphone, révélant donc le chemin du monde des morts, toujours pratique quand on meurt non ?


Sources : "Homère", Hymne à Déméter ; Apollodore, Bibliothèque.

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 16:35

Cependant, il n'y a pas que les jeunes dieux fringants de la deuxième génération qui sont amoureux. La preuve : Hadès, dieu du royaume des morts.

 

Hadès s'ennuyait ferme au fond des Enfers. Il trouvait qu'en fin de compte, dans le partage du monde, il s'était fait blouser, parce que les morts, c'est bien joli, mais leur conversation n'est pas très vivante. Il pouvait bien essayer de passer le temps avec une quelconque Erinye, ou une Gorgone diverse, et autres monstres infernaux, mais à part pousser des ricanements sarcastiques et murmurer des malédictions à l'égard de tous les mortels, elles ne savaient pas dire grand-chose. Bref, ce brave Hadès se morfondait tant qu'il envoya des récriminations à Zeus.

 

Et quand le dieu des morts envoie des récriminations à Zeus, il hurle, terrifiant les Moires qui essayent de le calmer, puis lui disent : "Parle à ton frère Zeus, il résoudra le problème...".

 

Hadès s'adresse donc à Zeus par Hermès (qui circule entre ciel et Enfers quotidiennement) interposé :


- Hé, frérot, qu'est qu'on se fait (censuré ; pas de vulgarité ici, ce blog est sérieux) ici ! Y'a aucune jolie fille ! Toi, tu t'es réservé la terre et le ciel, avec toutes les belles déesses et les jolies mortelles, pendant que moi, je reste planté là à m'ennuyer tout seul, comme un pauvre célibataire... Je mourrai vieux, moche et tout seul...
- Bon, vieux et moche, peut-être, mais mourir, ça m'étonnerait, lui répondit le roi des dieux (toujours par Hermès interposé). Mais je comprends ce que tu veux dire. Tu veux une meuf, c'est ça ?
- Evidemment ! Tu te les gardes toutes !
- Ben tiens, regarde, je t'en ai laissé une. Il y a une déesse, une de mes filles, qui se balade sur terre, je te la donne si tu veux.

Et Hadès leva les yeux (ben oui, les Enfers, c'est sous terre) et vit une jolie jeune déesse qui folâtrait
sur la chatoyante terre de Sicile, cueillant des fleurs avec ses amies déesses et divinités dans l'herbe verte et brillante sous le ciel d'été.

 

Hadès, conquis, s'écrie :


- Waw mais c'est qui ce canon ?
- Elle s'appelle Koré, répond Zeus. C'est la fille que j'ai eue avec Déméter. Mais je dois t'avertir qu'il y a de la concurrence : t'as Arès et Apollon qui sont intéressés. Mais Déméter veut pas qu'on lui enlève sa fille. Tu sais qu'elle est un peu maman poule... Alors elle a planqué sa fille en Sicile, avant d'aller prendre le thé avec Maman Rhéa. Mais bon, on va s'arranger sans elle. J'en parle à Aphrodite, OK ?


Hadès n'hésite pas un instant et accepte.

 

276px-Dante_Gabriel_Rossetti_-_Proserpine.JPG

[Koré selon Dante Gabriel Rossetti. Quand elle vous regarde de cet air féroce, on n'a pas trop envie de faire des calembours débiles sur son nom. Allez ris, Koré (oups, pas pu résister).]

 

Malheureusement, tout comme  pour son neveu Apollon, les plans drague, ce n'est pas le fort du Dieu des Morts. Hadès se voit mal s'approcher de la belle Korè en lui contant florette... Non, c'est un direct, le Hadès, un brutal. Pas le genre à déclamer des vers ou à perdre son temps en techniques de séduction. D'ailleurs le temps, c'est de l'argent, et Hadès est un Dieu Riche et tient à le rester.


La belle jeune déesse était occupée à tisser dans le palais de sa moman en Sicile quand Aphrodite, qui était dans le coup, lui dit : "Comme il fait beau ! Et si tu allais faire un tour cueillir des fleurs ?" Korè, dont c'est le grand trip de cueillir des fleurs, fait : "Chic ! J'y cours !" (Eh oui, elle est un peu gamine la Korè...). Elle court prévenir ses copines les Océanides, et toutes vont faire des bouquets dans les vertes prairies en lançant des rires cristallins et en se racontant des histoires de filles. (quelle horreur)


Mais Hadès surveillait tout d'en-dessous, pendant que Zeus (le papa, je rappelle) surveillait d'au-dessus. Comme Korè se penchait dans l'herbe, le roi des dieux créa aussitôt une jolie fleur blanche d'une espèce nouvelle ; Korè se dit : "mais quelle jolie fleur !", tendit la main pour la cueillir, mais au moment même où elle en coupait la tige, la terre s'ouvre dans un grondement terrible, Hadès en surgit sur son char noir attelé de chevaux écumants, terrifiant les Océanides qui s'égayent en tous sens - et chope Korè qui gémit et hurle de peur.

 

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[Hadès est aussi l'auteur de la version trash de La drague pour les Nuls.]


Une Nymphe s'interpose, une certaine Cyané : "Vous ne passerez pas !" crie-t-elle au dieu. Hadès s'esclaffe, saisit son sceptre, rouvre la terre et disparaît dans les profondeurs en poussant un ricanement infernal. Cyané, désespérée, fond en larmes : elle fond tellement en larmes qu'elle se change en ruisseaux. Et pendant ce temps, Hadès emportait la petite déesse avec la ferme intention de la balancer sur son lit pour en faire son quatre heures.


Pardon, vous aviez dit quoi ? Subtilité, classe, romantisme ? Connais pas.

 

Sources : Claudien, De Prosperpinae Raptu ; "Homère", Hymnes ; Ovide, Métamorphoses.

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 17:18
Dans l'article précédent, Aphrodite, mariée à un boîteux boutonneux bancal et balbutiant se consolait dans les bras du bel (et bête) Arès.De l'union avec Arès, Aphrodite eut cinq enfants : Phobos (la Panique), Déïmos (la Déroute), dignes filles du dieu de la guerre, Harmonie, Antéros (l'Amour réciproque) et surtout Eros (Cupidon en latin), dignes enfants de la déesse de l'amour.
Eros, en particulier, était un ptit archer mignon tout plein, un enfant ailé, blondinet, mais aveugle. Avec son arc, il tirait sur les hommes et les femmes, qui tombaient instantanément amoureux. Or Apollon, le grrrrand dieu de la lumière, des arts, de la médecine, l'archer solaire aux fureurs redoutables, extrêmement beau gosse, bien entendu (comme tout dieu qui se respecte à part Héphaïstos), qui avait lui, trucidé le serpent Python et fait toutes sortes d'exploits avec son arc, se mit à se moquer :
- Ha ha ha c'est quoi ce gosse avec ses flèches? Hey Eros, tu crois que tu vas réussir à tirer avec ton arc, petit gamin ? Regarde moi, moi. Moi, le grrrand dieu de la lumière, l'archer solaire aux fureurs redoutables ! Le boss à l'arc, c'est moi. D'ailleurs, appelle-moi maître.
apollon
[L'arc aurait-il une fonction de substitut ?...]
Eros le prit mal et répondit : "Apollon, tirera bien qui tirera le dernier..." d'un air sournois. Le dieu de l'amour prit en grippe celui de la lumière, parce qu'il était un sacré mauvais joueur dans les compètes de tir à l'arc. Ainsi,  depuis ce jour, et jusqu'à la fin des temps mythiques, Apollon, en amour, il a la poisse.
Il a tellement la poisse que généralement, même si Apollon, eh bien, c'est un Apollon, il n'en séduit pas une. Quand par miracle les donzelles (ou les messieurs) cèdent à ses avances, elles le trompent. Et quand, miracle de miracle, elles restent fidèles, il se passe toujours un malheur catastrophique qui vient endeuiller le couple. Un flirt d'Apollon qui se passe bien, c'est un miracle puissance 3.
D'ailleurs, on ne parlera pas sur ce blog d'aventures amoureuses d'Apollon, mais de mésaventures amoureuses d'Apollon.

 

Apollon se baladait donc dans une forêt déserte de Grèce, sans voir qu'Eros le suivait en cachette, quand il croisa une nymphe nommée Daphné. Cette Daphné était la fille du fleuve Pénée. Je vous rappelle qu'en Grèce tous les fleuves sont des dieux, ce qui complique fantastiquement le panthéon grec. Or, Daphné était du genre vierge chasseresse et, malgré sa grande beauté, pas vraiment portée sur la 17è lettre de l'alphabet.
"Chic !" se dit Eros et, profitant de l'occasion, il tira une flèche sur Apollon et une autre sur Daphné... sauf que celle qu'il avait tirée sur Apollon était une flèche de désir, et celle de Daphné une flèche de dégoût.

Effet immédiat : soudain, Apollon sent brûler en son âme toutes les flammes du désir et de la passion, bref, il est pris d'une irrésistible envie de n***er la nymphe... Alors que Daphné, elle, voit, à la place du séduisant dieu, une espèce d'obsédé lubrique dégoûtant et difforme, la bave aux lèvres et autres symptômes physiques voyants et déplacés.

EXEMPLE n° 1 de la déveine congénitale d'Apollon en amour :


Apollon - Hé mad'moiselle t'aurais pas l'heure ?
Daphné - (C'est quoi ce plan ?) Ô souverain dieu Olympien, la montre n'a pas encore été inventée...

Apollon, pas très doué en séduction, opta pour les grands moyens : il se mit à courir après la belle, qui comprit qu'il voulait (euphémisme) attenter à son intégrité de femme et s'enfuit dans les bois. Elle courait vite, car Daphné était une championne à la course, recordwoman de Thessalie. Mais Apollon était un dieu d'une force physique hors du commun, et quitte à battre le record du monde du 100m, il rattrapa la nymphe, qui courait à perdre haleine en criant "HEEEEEEELP !".
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[Apollon : "Daphné, tu peux pas résister, moi je cours le 100m en moins de 10''!"]

Bref, on aurait pu assister à un acte barbare contraire à toute forme d'éthique et de pudeur de la part d'Apollon sur la fille du dieu-fleuve, si Daphné n'était pas justement la fille d'un dieu-fleuve. Alors qu'Apollon posait ses pattes avides et lubriques sur ses épaules, Daphné cria :
- Papa au secours ! Tout sauf ça !
... Et voilà que, grâce au pouvoir de son père le fleuve Pénée qui a entendu sa prière, ses cheveux deviennent verts et feuillus, qu'elle se fige, que de ses pieds partent des racines qui plongent dans la terre, et Daphné se change en laurier.

"M*rde !" se dit Apollon en refermant ses doigts sur un tronc d'arbre. Il aurait pu devenir phytophile, mais comme ses perversions sont limitées, il décréta que depuis, on utiliserait le laurier dans ses temples et que ce serait un symbole de gloire. Tout ça parce qu'il n'avait pas pu se taper la nymphe. Ah les mecs...

Source : Ovide, Métamorphoses.
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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 08:51
Je comptais aborder les histoires mythiques des hommes, mais, devant la chronologie fort complexe et très emmêlée de ce bazar monstrueux, je préfère qu'on cause un peu des dieux. Ca me laisse le temps de me battre avec les lignées généalogiques contradictoires, de rassembler ma bravoure pour affronter mes sources, de défier mon dictionnaire de Grimal au katana.

Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est l'heure de l'histoire salace !
En effet, je vais vous conter une histoire leste et olé-olé, un poil grivoise, comme il y en a beaucoup dans la mythologie grecque. Mais ne vous inquiétez pas ô êtres chastes et purs qui passez sur ce blog, s'il y en a (cette question est sujette à caution). Je ne donnerai pas de détails choquants. Je censurerai tout mot qui pourrait souiller vos oreilles et votre âme. Et pour les autres, bande de pervers, je fais confiance à votre imagination.

Il était une fois l'Olympe. Olympe = montagne. Sur cette montagne des dieux. Parmi les dieux, une beauté, une bombe nucléaire, une fille canon sexy et cetera et cetera : Aphrodite, déesse de la beauté et de l'amûûûr. Mais voilà : à son arrivée, Héphaïstos, le dieu de la forge et du feu, avait épousé la belle sur ordre de Zeus. On en déduit que Zeus a un certain sens de l'humour dans son activité d'agence matrimoniale car si vous avez bonne mémoire, vous savez qu'Héphaïstos était moche comme un pou. Bref, pour Aphrodite, qui était aussi enfant gâtée et superficielle que jolie, c'était pas la joie.
hephaistos.jpg
[Le mari idéal selon Zeus. OK...]

Or sur l'Olympe créchait aussi Arès, le dieu de la guerre, mec super viril avec des biscotos énormes genre je fais de la muscu même la nuit, et un cerveau au développement inversement proportionnel à celui de ses muscles. Il était plus qu'intéressé par Aphrodite. Le macho courtisa donc la pouf. Et un jour, pendant qu'Héphaïstos n'était pas là, ils passèrent à l'acte. Et dans sa maison en plus.

Sauf que le Soleil, qui voit tout (car le milieu du ciel est un poste d'observation idéal, essayez, vous verrez), surprit la chose, et courut avertir Héphaïstos :

- Héphaïstos ! Ta femme te trompe !
- COMMENT ? AVEC QUI ?
- Ben, Arès et elle ont fait l'amour !
- Ils ont fait QUOI ?
- Ah alors ils ont fait (censuré), puis ensuite (censuré) de l'autre côté, puis en bas (alors ça vraiment censuré).
arès & aphrodite[Sur ce tableau de Botticelli, Arès a l'air bien crevé... On se demande pourquoi !]

Héphaïstos, en entendant ça, passa du rouge de honte au vert de rage, éleva sa température personelle à 100° Celsius, explosa, rugit, hurla... enfin tout ce que peut faire un homme dans cette situation, surtout si c'est un dieu grec, et les dieux grecs ont toujours le tempérament bouillant.

Mais il se reprit vite, et comme il était plus rusé et subtil que les deux autres réunis (vous me direz, en même temps, c'est pas très dur), il imagina un piège.

Il se rendit dans sa forge et y travailla toute la nuit.
 
Le lendemain, Héphaïstos fit mine de partir pour Lemnos. Arès survint alors ; Aphrodite venait de dire bonjour à Zeus et rentrait juste dans le palais de son mari, quand Arès lui sauta dessus, lui souffla : "Allez, ici, maintenant", se rua sur le lit de noces de la belle déesse et du dieu boiteux (aucun respect vraiment), et je vous passe les détails (strip-tease express, tout ça quoi). Et là, alors qu'ils étaient en pleine action, soudain, d es mailles d'or se referment sur eux, les bloquent de tous les côtés et les enferment dans un filet indestructible !

Héphaïstos réapparaît alors à la porte de la chambre et s'écrie :

- Ca y est, je vous ai eu, toi la garce qui me faisait cocu et ton amant !

Et il rameute tous les dieux pour qu'ils puissent assister au spectacle (plutôt humiliant) des deux dieux nus comme des vers et emberlificotés dans le filet. Voilà qu'arrivent Zeus, Poséidon, Hermès et Apollon, qui rfient bien de la fâcheuse situation où se trouvent les amants.

"Bien fait pour Arès !" disent les dieux.

Mais Apollon lance à Hermès (toujours copains comme cochons, ces deux-là) :

- Ouais tu dis ça mais pour coucher avec Aphrodite ça te gênerait pas de te faire prendre dans un filet de ce genre...
- Mais même dans un filet trois fois pire que celui-là ! répond Hermès. Et que les déesses viennent voir !
D'où éclat de rire sur l'Olympe, humiliation croissante d'Aphrodite et d'Arès, qui, dès leur libération, se cassent l'un en Crète, l'autre en Chypre...
Et pourtant ils se revirent. Et continuèrent. Sans plus se cacher, maintenant. Tout le monde savait, alors à quoi bon faire style ?
Bravo pour l'idée, Héphaïstos.

Source : Homère,  Odyssée ; Ovide, Art d'aimer.
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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 10:29

Attention lecteurs assidus de ce blog, vous la bande de muets du commentaire, peu nombreux mais certes si cultivés, enfin j'espère, ou qui allez le devenir en lisant ce blog, enfin là j'me fais des illusions. Voici un scoop pas croyable, quasiment exclusif. Il vous faudra fouiller bien longtemps les tréfonds de l'Internet mythologique avant de retrouver l'histoire que nous vous contons là

 

Car voici la mystérieuse version 3 de la naissance des hommes.

 

Celle qu'on trouve en s'usant les yeux sur les dicos mythologiques, ou en fréquentant des oeuvres barbares d'intellos genre le Timée de Platon ou les Stromata de Clément d'Alexandrie. Vous voyez à quels sacrifices s'est résolue la rédactrice d'Histoires-Mythiques ( = Tlina = moi), qui s'est usée les yeux sur ces volumes pour vous. Je pense que vous devriez tous acheter son livre qui est trop cool de la mort qui tue


Dans cette version, on raconte que le premier homme, le tout premier du début de l'existence du commencement, serait un certain Phoroneus.


Ce mystérieux Phoroneus serait le fils d'un dieu-fleuve du sud de la Grèce, Inachos, et d'une nymphe au nom variable : d'aucuns la nomment Mélia, d'autres la nomment Argia, je propose qu'on passe au vote. Quelle que soit l'appellation exacte de Madame Inachos, son fils Phoroneus se serait marié avec une autre nymphe au nom encore plus variable, peut-être Télédiké, mais rien n'est moins sûr. On connaît beaucoup mieux le nom des enfants de Phoroneus : un fils, Apis, et une fille, Niobé, qui fut donc la première des mortelles.


Sur ce, on n'avait pas même atteint la deuxième des mortelles que Zeus, jetant un coup d'oeil sur terre depuis l'Olympe, aperçut la gourgandine Niobé. Ni une ni deux, il s'éclipsa du trône olympien et alla fricoter avec elle. Niobé en conçut un fils, Argos, qui donna son nom à la cité du coin.

 

argos

[Argos, ville dont les citadins, dans leur grande modestie, disent qu'elle fut fondée par un fils de Zeus et par le premier homme du monde. Hem.]


La légende susurre aussi que Phoroneus serait le premier roi mortel. Et voici comment il accéda au trône : un jour, le dieu Hermès observa les premiers humains, et constata qu'ils parlaient tous la même langue. "Mais, mais, mais, ça va pas", s'insurgea-t-il, "c'est pas drôle un monde avec une seule langue. En plus Papa Zeus m'avait dit que je serais le dieu des voleurs, des marchands et des INTERPRETES. Si tout le monde se comprend direct, je ne vois pas ce qu'on pourrait bien interpréter. Je me sens floué d'une part de mon domaine, là."

 

Alors le dieu descendit sur Terre, se glissa parmi les hommes et insinua sournoisement les langues différentes. Naquirent spontanément les dialectes, les idiomes, les patois et autres idiolectes. Hermès en fut très satisfait, et repartit vers le ciel avec la certitude de devenir un jour le saint patron des interprètes de l'ONU, des profs d'anglais et des traducteurs des éditions Budé.

 

Problème : les hommes, en ne se comprenant plus d'une tribu à l'autre, commencèrent à développer des thèses xénophobes et ethnocentristes : "Ouais l'autre y parle pas comme nous on n'en veut pas d'abord." Bientôt ils ne se supportèrent plus. L'humanité s'isola en petits groupes éclatés, hostiles, errants et désorganisés.

 

Heureusement, Phoroneus eut une idée de génie : réunir plusieurs groupes et les organiser en cité, avec tout le confort, protection contre les bêtes sauvages, la guerre et le mildiou, sécurité intérieure et tout à l'égoût. Ainsi se construisit la cité d'Argos. Phoroneus y institua le culte d'une déesse, Héra. Ce voyant, Zeus lui-même, qui tout de même venait de se faire Niobé, décida que Phoroneus serait le roi légitime de la cité pour faire plaisir à Héra. Après tout, il avait à se faire pardonner une  petite tromperie. Une de plus, sur une longue liste..

 

héra-copie-1

[Héra : "Zeus m'a encore offert une cité cette semaine... CA CACHE QUELQUE CHOSE !"]


Sources : Platon, Timée ; Hygin, Fables ; Apollodore, Bibliothèque.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 13:08

Bizarrement, les souffrances diverses n'améliorèrent pas le caractère des hommes, qui devinrent d'horribles bad guys, tuant et égorgeant à qui mieux mieux, sans foi ni loi, faisant du monde une espèce de royaume de la loi de la jungle, menaçant les divinités mineures qui vivaient sur Terre (Satyres, Silvains, Nymphes et autres) et, pire encore, faute énorme que les dieux ne pouvaient pas laisser passer, ils ne faisaient plus de sacrifices. Zeus réunit alors un grand conseil céleste dont il était, comme il se doit, le président, et entama le débat :


ZEUS - Franchement ces hommes sont insupportables d'impiété !
HERA - Ils trompent leurs femmes sans vergogne !
ATHENA - Ils n'ont aucune espèce de sagesse.
APOLLON - Je ne leur trouve pas beaucoup de dons artistiques...
HEPHAISTOS - Ils font beaucoup de bruit avec leurs guerres et leurs carnages, ça m'empêche de travailler....
APHRODITE - Oh et puis vraiment hein, moi je les trouve pas beaux !
ARES - Moi je les aime bien...
HESTIA - Je dirais qu'ils sont ardents. Enflammés. Ils ont un peu trop de feu, c'est sûr.
ARTEMIS - Comme ils sèment des cadavres partout, je ne peux plus chasser dans les forêts sans tomber sur une de ces corps sanguinolents... Ce sont de vrais pollueurs.
DEMETER - Je ne parle même pas des champs. Visiblement ils ne connaissent que les champs de bataille.
HADES - Avec tous les morts qu'ils m'envoient chaque jour, je suis débordé de boulot. Si on s'en occupait une bonne fois pour toutes ? Ca serait assez difficile à gérer sur deux ou trois jours, mais après j'aurais la paix.
POSEIDON - Excellente idée ! Si on les noyait ?


Ainsi donc, à l'unanimité moins une voix, l'humanité fut condamnée à la mort par noyade.

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["Comment ? Le gouvernement n'a pas même déclenché l'alerte grandes crues ?"]

 

Or, à cette époque, vivaient sur terre les trois fils de Prométhée, Lycos, Chimaïreus et Deucalion, et la fille d'Epiméthée et de Pandore, Pyrrha. Deucalion avait épousé sa cousine Pyrrha et partageait la vie des humains normaux lambda comme vous et moi. Et Epiméthée eut vent du projet des dieux de complètement noyer la terre ; se faisant du mouron pour sa petiote Pyrrha, lui et les Titans survivants prévinrent le couple en catastrophe.


Deucalion et Pyrrha se démenèrent alors pour construire un énorme coffre de bois, pendant que les dieux rassemblaient toutes les eaux de tous les fleuves, des mers, de l'Océan, et que Zeus faisait pleuvoir comme vache qui pisse... Pardon, faisait pleuvoir des cordes. Il pleuvait à seaux. Temps de chien, de grenouille. D'abord les hommes râlèrent et se mirent à l'abri, d'autant plus que le parapluie n'existait pas encore. Puis ils virent les eaux monter, et se réfugièrent sur les toits des maisons, sur les montagnes... On peut imaginer le spectacle : "Poussez pas ! C'est ma place ! oh, tu veux me pousser dans l'eau ? Hein ? C'est toi qui vas y finir ! (tueries et carnages, l'habitude quoi)" Enfin l'eau recouvrit la cime des monts, et les hommes finirent tous noyés.

 

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[Les contemporains du déluge n'ont pas construit de radeau, avec un seul arbre, ils étaient un peu à court de matière première.]


Sauf Deucalion et Pyrrha, qui avaient tout juste eu le temps de sauter dans leur coffre de bois et de survivre ainsi, flottant sur les eaux déchaînées.


Comprimés dans leur coffre, ils flottèrent pendant neuf jours et neuf nuits. Le dixième jour, les eaux baissèrent, et le coffre alla s'échouer sur les montagnes de Thessalie, au nord de la Grèce. Les deux survivants en sortirent, étirèrent leurs courbatures, marchèrent un peu dans la boue (ben oui, l'eau venait juste de baisser...) et trouvèrent un petit sanctuaire de la déesse Thémis (incarnation de la Justice, on ne rigole pas) où, égarés, hagards, désemparés, ils allèrent se réfugier et interroger la déesse.


- Yo ! leur répondit-elle. Vous avez survécu, bravo, vous avez gagné le super grand jeu des dieux Super Survivor ! Euh... Pardon, j'avais oublié que j'étais la déesse de la justice, et qu'avec moi on ne rigole pas. Que voulez-vous ?


Deucalion et Pyrrha, qui se sentaient un peu alone in the world (seuls sur terre pour ceux qui speak pas l'angliche), n'hésitèrent pas un instant :


- On veut des potes ! Euh, pardon : ô grande déesse, nous voudrions avoir des compagnons pour peupler avec nous l'orbe terrestre.


Thémis répondit :


- Alors il faut jeter par-dessus vos épaules les os de votre grand-mère.


Car, comme tout oracle, elle n'était pas fichue de parler clairement...

- Comment ça ma grand-mère ? s'indigna Pyrrha. J'veux pas qu'on déterre ma mamie moi !

 

(N'oubliez pas que sa mère c'était Pandore et son père Epiméthée, et donc que Pyrrha était héréditairement un peu cruche; sinon elle se serait souvenu que sa grand-mère c'était Clymène, une Océanide immortelle...)

 

- C'est une énigme, fit Deucalion.
- J'aime pas les énigmes, grogna Pyrrha (ben oui ça lui montre toutes les limites de son intelligence).
- Pyrrha, réfléchis un peu, nous sommes des Titans, non ? Nous descendons de la Terre. Symboliquement, notre grand-mère c'est la Terre. Et quels sont les os de la Terre ?
- Je sais pas... Les carcasses de dinosaures ?
- Mais non ! Les pierres ! Jetons par-dessus notre épaule des cailloux, et nous verrons bien ce que cela donne !


Ils ramassèrent donc des galets, des silex, du calcaire, de toutes sortes de caillasse diverse et variée, et marchèrent en les jetant derrière eux. Et là, miracle : de toutes les pierres que jetait Deucalion, naissait un homme, et de toutes les pierres que jetait Pyrrha, naissait une femme. C'est ainsi que l'espèce humaine naquit pour la seconde fois...
Moralité : Ne vous étonnez plus que les gens aient un coeur de pierre.

 

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[Procréation par fécondation in petra.]


Par la suite, Deucalion et Pyrrha eurent des enfants. Ils furent les heureux parents du petit Hellèn. Je vous rappelle que nous sommes dans la mythologie grecque, faite par des Grecs, et pour les Grecs, rien n'est bon s'il n'est pas grec, et pis les Grecs c'est les meilleurs d'abord. Hellèn fut donc particulièrement ilustre, car il devint l'ancêtre de tous les Grecs, auxquels il donna son nom (Hellèn = Grec en grec). Hellèn lui-même eut trois fils : Doros, qui donna son nom au peuple des Doriens (Grecs du Sud), Eolos, qui donna son nom au peuple des Eoliens (Grecs de l'Ouest), et Xouthos, dont le fils Ion donna son nom au peuple des Ioniens (Grecs de l'Est). Et les autres peuples ?... Hmm ? Quels autres peuples ?

Source : dico de Grimal ; Ovide, Métamorphoses.

 

 

Retrouvez les fils d'Hellèn et beaucoup d'autres dans Les Tribulations amoureuses de Poseïdôn,

chez Les Netscripteurs éditions !

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